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Fête des Eaux : De Phnom Penh a Siem Reap

La Fête des Eaux, est l’une des grandes fêtes traditionnelles du Cambodge. Rituellement fixée à la pleine lune de novembre, elle aura lieu cette année du 1er au 3 novembre.
Elle marque la fin des crues, le renversement du courant de la rivière Tonlé Sap, et le mûrissement des récoltes. Son origine reste inconnue en dépit de nombreuses hypothèses. Comme le soulignait Evelyne Porée Maspero, membre de l’École française d’Extrême Orient dans son ouvrage intitulé «Cérémonie des douze mois, fêtes annuelles cambodgiennes» publié en 1950 : « Les uns disent qu’elle a lieu pour remercier l’Eau et la Terre de leurs bienfaits et s’excuser de les avoir souillées ; d’autres que l’on honore les empreintes de pas du Buddha sur le sable du Nimmotâ, fleuve du pays de Yônok (Laos) ; d’autres que c’est en souvenir d’un pont de bateau fabriqué pour le Buddha qui devait arrêter la sécheresse dans le royaume de Vaiçâlî ; d’autres encore que l’on célèbre une dent du Buddha gardée par le Roi des Nâga. »

La Fête des Eaux à Siem Reap en novembre 2008 @ Krystel Maurice

La Fête des Eaux à Siem Reap en novembre 2008 @ Krystel Maurice

Célébrée dans toute l’Asie du Sud-Est, chaque pays a cependant ses particularités. Au Cambodge, on l’appelle généralement aujourd’hui Bom Om Teuk. Mais les Khmers l’appelaient aussi autrefois « thvo bon pranan teuk no » que l’on peut traduire par Fête des joutes des pirogues ou encore « Thvo bon loi pradip » qui signifie fête des feux flottants. Sous le Protectorat français, les Français l’on baptisé Fête des Eaux.
Trois journées fériées durant lesquelles la foule se presse sur les rives.

Fête des Eaux de Siem Reap 2dition 2008

Préparation des bateaux quelques heures avant le début des courses. Photo @ Krystel Maurice

Préparation des bateaux quelques heures avant le début des courses.
Photo @ Krystel Maurice

Atmosphère détendue dans l'attente du départ des courses.  Photo@Krystel Maurice

Atmosphère détendue dans l’attente du départ des courses.
Photo@Krystel Maurice

Préparatifs de la Fête des Eaux à Siem Reap

La fête la plus spectaculaire se déroule à Phnom Penh. L’an dernier près de deux millions de personnes y ont assisté. Ceux que la foule rebute choisiront plutôt Siem Reap, plus tranquille mais tout aussi sympathique. Dans toutes les villes situées près d’une rivière, comme à Battambang ou Kompong Thom, des compétitions de bateaux sont également organisées. Mais elles ont lieu dans les semaines précédent la fête de Phnom Penh, de manière à ce que les plus beaux bateaux puissent participer aux joutes de la capitale.

Les femmes engagées aussi dans la compétition.

Les femmes engagées aussi dans la compétition.

A Siem Reap, tous les équipages se recueillent en passant sous le pont du Naga.

A Siem Reap, tous les équipages se recueillent en passant sous le pont du Naga.

Du monde mais une ambiance beaucoup plus tranquille qu'à Phnom Penh.

Du monde mais une ambiance beaucoup plus tranquille qu’à Phnom Penh.

Fête des Eaux 2008

Fête des Eaux le long de la rivière de Siem Reap

Partout dans le pays plusieurs semaines, avant le début des courses, les pirogues à l’abri dans les enclos des pagodes sont remises à neuf. Elles sont examinées de fond en comble, repeintes si nécessaire, puis remises à l’eau sous l’œil attentif d’une population ravie. Dans les temples, les statues de Bouddha sont nettoyées.
A l’approche de la fête de Phnom Penh, les plus belles pirogues sont acheminées dans la capitale.

Décorées de peintures multicolores, ornées de sculptures dont l’extrémité se prolongent par une tête de serpent, le naga sacré, certaines d’entre elles peuvent atteindre 40 mètres de long. Les plus imposantes peuvent supporter 70 à 80 rameurs, entrainés par des musiciens qui à l’aide de gongs et de tambourins rythment la course.

A Phnom Penh, durant trois jours plus de quatre cent pirogues venues de tous les Vat du pays rivalisent chaque après-midi devant le Palais Royal. Le roi prend place chaque jour à 16H30 dans la tribune royale pour assister aux joutes. Les deux premiers jours sont consacrés aux éliminatoires. Les pirogues rivalisent deux par deux devant une foule enthousiaste qui se presse et s’interpelle le long du quai Sisowath.

Phnom Penh et Siem Reap ont des allures de fête à neuneu. Des centaines de famille ont voyagé durant des heures pour assister au spectacle. Les gamines arborent leurs plus beaux habits. Des centaines de petits marchands occasionnels proposent leurs spécialités, insectes grillés en tous genre, épis de maïs, mangues et ananas pimentés, beignets en tous genre. Les cailles y ont la taille de moineaux, les genoux de poulets ont leurs adeptes, les œufs couvés auxquels on prête des vertus fortifiantes, sont dévalisés.

Ceci est un faux.

Ceci est un faux.

Au Cambodge comme dans presque toute l’Asie, les embryons de poussins sont très appréciés. Ils redonnent, croit-on, force et vitalité. Un peu dur à avaler lorsque le bec est déjà formé, mais avec l’habitude… Photo @ Krystel Maurice

Au Cambodge comme dans presque toute l’Asie, les embryons de poussins
sont très appréciés. Ils redonnent, croit-on, force et vitalité.
Un peu dur à avaler lorsque le bec est déjà formé, mais avec l’habitude…
Photo @ Krystel Maurice

Dans la capitale, le soir venu, la lente procession des bateaux illuminés émerveillent. A Siem Reap, des guirlandes de lampions rouge et jaunes décorent les arbres centenaires.

Le dernier soir, familles et amoureux déposent de petites lumières sur le fleuve en hommage à la lune. Chacun fait un vœu, amour, argent, guérison et regarde s’éloigner ces milliers de feux flottants qui portent les espoirs de l’année, d’une vie.

Lampions pour la fête des Eaux

Hommage à la lune lors de la Fête des eaux

Les lumières de la Fête des Eaux

Les petites lumières doivent briller le plus longtemps possible en suivant le fil du courant. Pour éviter qu’elles ne s’accrochent aux berges, ce gamin proposait aux familles de conduire les offrandes au milieu de la rivière en échange de quelques riels. Malin et courageux!

Les petites lumières doivent briller le plus longtemps possible en suivant
le fil du courant. Pour éviter qu’elles ne s’accrochent aux berges, ce gamin
proposait aux familles de conduire les offrandes au milieu de la rivière
en échange de quelques riels. Malin et courageux!

 

Krystel Maurice