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Plus d’un demi-million de Cambodgiens en conflit pour leurs terres

La nouvelle carte des conflits nés de l’accaparement des terres au Cambodge dont la Licadho a connaissance.

Fin mars 2014, les accaparements de terre dans lesquelles le gouvernement est impliqué ont concerné plus d’un demi million de Cambodgien sur une population totale de 15 millions, selon un nouveau recensement de la Licadho, une association cambodgienne de défense des droits de l’homme. Un chiffre symbolique «  honteux » mais qui ne représente que la partie émergée de l’iceberg, souligne l’association dont le dispositif de contrôle ne couvre que la moitié du territoire.

Et la tendance est loin de s’infléchir. Ainsi, de janvier à mars 2014, la Licadho fait au contraire état d’un regain de conflits violents, affectant 2246 familles à travers les différentes provinces du pays, une statistique qui là aussi ne représente que les conflits portés à sa connaissance.

Pour la Licadho, l’accaparement des terres est directement piloté par le gouvernement ou par des complicités à l’intérieur du gouvernement visant à  protéger les intérêts des hommes d’affaires.

La nouvelle carte publiée par l’association et l’émergence de nouvelles disputes depuis le début de l’année montre à quel point les directives du gouvernement n’ont pas été suivi d’effet, explique-t-elle.
En mai 2012, le Premier ministre avait annoncé la suspension des concessions économiques. Fin 2012-début

2013, Hun Sen avait personnellement mis en place un vaste programme de délimitation de parcelles et d’attribution de titres de propriété. Quelques 2000 étudiants avaient été recrutés pour effectuer ce travail à travers tout le pays.
Mais l’Etat, souligne l’association, a failli à sa mission, en raison du manque de transparence et de l’absence d’un dispositif de surveillance indépendant.
A titre d’exemple, elle relève le cas de la province de Preah Vihear où selon le gouvernement, les familles évincées par une entreprise chinoise auraient été relogées et disposeraient de titres de propriété. Dans la réalité, la compagnie a contourné la loi qui limite chaque concession à 10 000 hectares. Par un tour de passe-passe désormais pratique courante au Cambodge, elle a crée cinq filiales, (Lan Feng, Heng Non, Rui Feng, Heng Rui, and Heng Yue) au travers desquelles elle bénéficie désormais d’une concession gigantesque.
Depuis janvier, des centaines de villageois de la minorité Kuy dont les maigres ressources proviennent de la collecte des résines des arbres, sont entrés en résistance contre ces sociétés. Et depuis quelques semaines, ils ont organisés des tours de surveillance, allant jusqu’à dormir sur place pour empêcher la compagnie d’abattre les arbres durant la nuit.

Non seulement les directives du gouvernement n’ont pas été suivi d’effet, mais à ce jour, aucun réexamen des concessions n’a été effectué, ajoute la Licadho. Une situation d’autant plus préoccupante que le gouvernement a annoncé il y a quelques jours qu’il allait revendre les concessions qui n’étaient pas exploitées.

L’association réitère donc ses recommandations au gouvernement: mettre un terme aux évictions forcées et dédommager comme il se doit les familles qui ont été déplacées, respecter ses promesses de réexaminer les concessions économiques avant de revendre les terres et rendre transparent leur processus de classification et de délimitation.

 

Krystel Maurice