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Phnom Penh: nouvelles violences policières à Boeng Kak

Un groupe de policiers qui s’acharnent sur un homme ensanglanté à terre. L’homme est inconscient mais les policiers continuent de le frapper, à coups de matraques, à coups de pied, sur la tête, le torse, les membres.  Cette scène s’est déroulée vendredi 16 septembre dans le village 22 du quartier de Boeng Kak,  à Phnom Pehn.

La société Sukhaku Inc., dirigée par un sénateur du parti au pouvoir, Lao Meng Khin, s’est vue attribuer par le gouvernement  une concession de 99 ans pour y réaliser des logements, des boutiques de luxe, centre commerciaux, bases de loisirs… Depuis 2008, plus de 3000 familles résidant sur le bord du lac ont déjà été expulsées. Au total, 20 000 personnes devraient être expropriées.

Deux bulldozers étaient arrivés vendredi 16 septembre, en début d’après midi, protégés par une centaine de policiers qui, dans une violence inouïe, ont donné l’assaut contre les habitants .

Huit maisons appartenant à des villageois qui refusaient d’être expulsés ainsi que des commerces ont été détruits.

L’homme à terre s’appelle Soung Sophoan. Militant du parti de Sam Rainsy, il a lui aussi été expulsé de sa maison il y a quelques mois. Il a été transporté à l’hôpital par des membres de la Licadho, une association cambodgienne de défense des droits de l’homme, tandis que les policiers repartaient tranquillement sans se préoccuper de son sort. Gravement blessé à la tête, un doigt de la main brisé en deux morceaux, il a repris conscience quelques heures plus tard.

Suite à la pression de la Banque mondiale qui a cessé tous les prêts au Cambodge tant que ce conflit ne serait pas réglé, le Premier ministre a signé, début août, un sous-décret précisant qu’un terrain de 12 ha serait mis à la disposition des 746 familles qui refusaient de quitter les lieux.
Pour l’heure, aucun titre de propriété ne leur a été délivré mais il y quelques jours, une centaine de familles apprenaient, médusées, qu’elles n’en bénéficieraient pas. Aucun motif justifiant cette exclusion ne leur a été fourni.

21 lots attribués à  Sukhaku Inc.

En début de semaine, nouveau coup de théatre, les autorités locales révélaient que 21 lots de ce terrain de 12 ha avaient été attribués à la société Sukhaku Inc., à l’origine même des expulsions. Si les familles attendent toujours, le dirigeant de Sukhaku, le sénateur Lao Meng Khin ainsi que son épouse Ching Sopheap ont dores et déjà reçu leur titre de propriété.
Furieux, les habitants ont dénoncé la corruption qui entoure cette toute dernière opération et son cynisme «intolérable».

D’autres vidéos, sur ce conflit sont également visibles sur le net. Notamment
celle-ci , datée du 21 avril, lorsque la police a très violemment dispersé une manifestation d’une centaine d’habitants. Quatre personnes avaient été blessées et 11 manifestants arrêtés et emprisonnés.

 

Krystel Maurice