En continu

Expulsions foncières: le gouvernement s’en prend à l’opposition

Aujourd’hui plus de la moitié de la superficie du lac de Boeng Kak a été remblayée. Photo©Krystel Maurice 2009

Le gouvernement  a vivement critiqué  la lettre que viennent de faire parvenir 13 députés du parti de Sam Rainsy à la Banque mondiale.

Les députés n’ont aucune autorité pour demander à des organismes internationaux d’interférer sur les décisions gouvernementales, a déclaré Phay Siphan, le porte-parole du conseil des ministres

Le 5 septembre, ces députés de l’opposition se sont adressés à la Banque mondiale pour qu’elle accentue sa pression sur le gouvernement afin de mettre un terme aux  expropriations forcées, aux usurpations de terre et aux menaces exercées sur les fermiers dans tout le pays par des compagnies privées connues de tous.

Expulsions de Boeung Kak : la banque mondiale suspend ses prêts

Depuis fin 2010, la Banque mondiale a en effet suspendu tous les prêts au Cambodge en raison d’un conflit dont on a beaucoup parlé ces dernières années, celui du lac de  Boeung Kak, situé au nord de Phnom Penh.

En 2007,  la société d’investissement Sukhaku Inc., dirigé par un sénateur du parti au pouvoir, Lao Meng Khin, s’est vue attribuer par le gouvernement  une concession de 99 ans sur ce secteur  pour un montant de 79 millions de dollars. Ce projet gigantesque qui s’étend sur 133 ha prévoit de combler totalement ce lac artificiel pour y réaliser des logements, boutiques de luxe, centre commerciaux, bases de loisirs…

Depuis 2008, plus de 3000 familles résidant sur le bord du lac ont déjà été expulsées. Au total, selon les organismes de défense des doits de l’homme, 20 000 personnes devraient être expropriés.

Des centaines de familles n’ont pas été relogées et celles qui l’ont été vivent désormais loin de la capitale, sur un site dépourvu des services les plus élémentaires et n’offrant aucune opportunité de travail.

Déjà bien peu transparente, la société Shukaku Inc. a depuis réalisé une joint-venture avec une société chinoise, la China’s Inner Mongolia Erdos Hung Jun Investment Co qui détient désormais 51% des parts.

Des millions de tonnes de sables prélevés dans d’autres secteurs de la capitale ont été déversés dans le lac. La boue détruit ou fragilise les habitations de ceux qui vivent encore sur place- un millier de familles environ- et qui seront bientôt expulsés.

La Banque mondiale alloue chaque année quelque 70 millions de dollars de prêt au Cambodge.

En août, Annette Dixon, la directrice de la Banque mondiale au Cambodge faisait savoir que la Banque avait décidé de couper tout financement au pays tant que tous les résidents de Boeung Kak ne bénéficieraient pas d’un titre de propriété et ne seraient pas relogés. D’ailleurs, précisait-elle,  l’organisme international avait fermé les robinets dès la fin de l’année 2010.

La divulgation sur la place publique de l’information avait, on sans doute, été accueilli très fraichement par le pouvoir.

L’opposition dénonce des centaines de conflits

Mais dans les jours qui ont suivi, le Premier ministre faisait savoir qu’un terrain de  12 ha serait mis à la disposition des résidents. Une annonce qui pour l’heure reste assez vague dans la mesure où la localisation du terrain n’a pas été précisée et que plusieurs familles semblent n’avoir pas été prises en compte.

Pour leur part, les 13 députés de l’opposition, ont saisi la balle au bond pour attirer l’attention de la Banque mondiale sur les très nombreux conflits fonciers qui, dans tous le pays, rongent la société et sur les pratiques des sociétés qui expulsent dans la violence.

Plusieurs compagnies étrangères y sont citées, notamment deux compagnies vietnamiennes, CRCK Rubber Development Co Ltd (Hévéas) et la PNT Company dans la forêt de Prey Long, l’une des dernières forêts primaires du pays, au nord ouest du pays, qui s’étend sur les provinces, Kampong Thom, Kratie, Stung Treng et Preah Vihear.
Autre compagnie vietnamienne, la Tin Bean Co.Ltd dans la province de Kompong Thom qui a opéré dans une violence inouie à Kraya et dont nous avons déjà parlé. Mais aussi cette société chinoise, la Chinese Union Development Group Co à Koh Kong qui, dans le district de Botum Sakor a bénéficié d’ une concession de terres de plus de 36 000 hectares pour un projet touristique démesuré, alors que la loi limite la taille des concessions à 10 000 ha.

La liste, interminable, inclue aussi ces  compagnies cambodgiennes proches du pouvoir, la Phnom Penh Sugar Company, à Kompong Speu dont nous avons souvent  parlé, la Pheapimex Group, détenu par l’épouse du sénateur Lao Meng Khin (conflit de Boeng kak) qui sévit dans la province de Pursat, la KDC International, dirigée par l’épouse de Suy Sem le ministre de l’industrie, des mines et de l’énergie, accusée par des villageois de la province de Kompong Chnang d’avoir usurpé 145ha de terres.

 

Krystel Maurice