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Les autorités cambodgiennes s’attaquent à la contrefaçon de médicaments

Au Cambodge, seuls 400 ou 500 pharmaciens sont diplômés pour 2000 pharmacies ouvertes.

La moitié des 2000 pharmacies du Cambodge ne détiennent aucune autorisation d’exercer. La plupart d’entre elles vendent des médicaments contrefaits dont les effets sur les patients sont dramatiques. Au nombre de ceux-ci, un gigantesque trafic de fausses pilules contraceptives qui a déjà provoqué la mort de plusieurs patientes et entrainé de sérieux problèmes de santé. Et en 1999, 30 personnes sont décédées après avoir pris des antipaludéens contrefaits.

En raison de sa situation géographique -2400 km de frontières avec la Thaïlande, le Laos et le Vietnam- et du manque de régulation dans ce domaine, le Cambodge serait devenu, avec le Vietnam, l’une des principales plaques tournantes du trafic en l’Asie du sud est mais aussi un lieu de production important.

En 2007, la chambre de commerce franco- cambodgienne estimait que entre 30 et 40% des médicaments vendus au Cambodge étaient contrefaits.

Il y a quelques semaines, les autorités de Phnom Penh ont lancé une vaste opération de contrôle à travers la ville afin de contraindre les pharmacies à se mettre en règle.

Selon elles, sur les 527 pharmacies installées dans la capitale, 155 d’entre elles seulement ne disposeraient pas de licences, un chiffre qui apparait pourtant bien faible pour qui connait la capitale. Quoiqu’il en soit 9 d’entre elles ont catégoriquement refusé de souscrire une licence et continuent de vendre des médicaments contrefaits. « Nous leur avons répété maintes fois qu’elles devaient se mettre en règle et comme elles refusent nous allons ordonner leur fermetures immédiates» déclare Sok Sokun, directeur du département de la santé de la ville. 110 autres pharmacies, également dans le collimateur des autorités, devraient subir le même sort, a t-il ajouté sans toutefois avancer de date.

100 millions de dollars en 2008

« Depuis quelques années, le secteur pharmaceutique est en plein expansion. Les ventes de médicaments ont triplé au cours des cinq dernières années, affirme Yim Yann, Président de l’Association des Pharmaciens Cambodgiens. Pour la seule année 2008, elles ont rapporté 100 millions de dollars ».

130 importateurs et grossistes étrangers se partagent le marché: ils sont Chinois, Malais, Bangladeshi, Français, Indonésiens ou Américains. A ces importateurs, il convient d’ajouter 7 fabricants implantés au Cambodge, lesquels fournirait 30% des besoins de la population.

Mais selon Yim Yann, c’est précisément en raison de la multiplicité des fournisseurs qu’il est quasiment impossible de contrôler la qualité des médicaments distribués.

L’Organisation Mondiale de la Santé ainsi que divers instituts de santé ont élaboré des standards et des protocoles à destination des pharmaciens. Ce travail a déjà permis d’évincer bon nombre d’échoppes totalement en infraction avec les critères retenus. Ainsi depuis 2005, un millier de pharmacies aurait été contraintes de fermer leurs portes au Cambodge.

400 à 500 pharmaciens diplômés

 

Au Cambodge comme dans beaucoup de pays en voie de développement, la compétence fait cruellement défaut. En pratique, rien de plus facile que d’ouvrir une pharmacie. Il suffit de louer une boutique et d’acheter un stock de médicaments.

Pourtant la loi existe. Sur le papier, toute pharmacie doit être détentrice d’une licence, laquelle est délivrée par le ministère de la santé aux seuls pharmaciens diplômés.

Et c’est bien là que le bas blesse puisque qu’on recense 400 ou 500 pharmaciens diplômés dans tout le Cambodge pour 2000 pharmacies ouvertes.

Si plus de la moitié des pharmacies n’ont aucune licence, d’autres l’ont obtenus tout illégalement grâce à des pharmaciens diplômés qui servent de prête-noms. Dans les faits ceux-ci n’ont aucune implication dans l’exploitation du commerce. Ils se contentent de toucher une rétribution mensuelle pour « bons et loyaux services ».
Trois chaines de pharmacies de qualité, U-Care, Pharmat et Pharmalink ont fait leur apparition ces dernières années, principalement à Phnom Penh. Elles s’adressent à une clientèle aisée, expatriée ou cambodgienne, qui y trouve aussi des produits de confort et des soins de beauté. Si ces pharmacies contribuent à donner une meilleure image du secteur, elles restent néanmoins inaccessibles à une majorité de cambodgiens.

Bref c’est toujours la même chanson : les médicaments de qualité sont réservés à ceux qui en ont les moyens mais le gros de la population ne peut y accéder.

 

Krystel Maurice