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Deux associations de défense des droits de l’homme réclament la fermeture des centres d’internement du Cambodge

Cette photo a été prise en 2008 par la Licadho. Les deux seules fenêtres du centre de détention de Prey Speu avaient été barricadées par des planches pour empêcher les personnes détenues de force de s’enfuir. Six ans plus tard, on y meurt toujours.

Dans un communiqué publié aujourd’hui, l’association américaine Human Right Watch et l’association cambodgienne de défense des droits de l’homme Licadho réclament la fermeture immédiate de tous les centres d’internement cambodgiens fonctionnant hors du système judiciaire. Ces associations dénoncent  les violations systématiques des droits de l’homme qui y sont commises depuis des années.

C’est le cas notamment du centre de Prey Speu où Phea, un SDF, est décédé il y a quelque jours. Il avait été raflé par les forces de sécurité qui avaient entrepris, dans les jours précédents la Fête des eaux,  de chasser des rues de Phnom Penh les sans domicile fixe et autres populations indésirables. Gravement malade, amaigri et les jambes couvertes de plaies, il avait été interné dans ce centre le 2 novembre. Laissé sans soins durant des semaines, il est décédé le 26 novembre.
Parmi la trentaine de personnes embarquées dans ce centre lors de ces opérations de « nettoyage », une mère handicapée physique et ses deux enfants en bas âge ainsi qu’un père et son enfant, tous détenus arbitrairement en violation des lois internationales qui interdisent la détention des enfants. Une femme enceinte de plusieurs mois ainsi qu’un transexuel sont parvenus à s’échapper du centre.

 

Des abus à répétition depuis dix ans

 

Depuis l’ouverture du centre de Prey Speu en 2004, les associations cambodgiennes de défense des droits de l’homme ont accumulé de nombreux témoignages sur les exactions qui y ont été commises: viols, meurtres, tortures, mauvais traitements…
En 2008, ces pratiques étendues à d’autres centres du pays ont été publiquement révélées. Les autorités avaient alors déclaré avoir mis fin aux détentions arbitraires.
Mais durant toutes ces dernières années, Human Right Watch et la Licadho ont constaté que des groupes de personnes étaient à nouveau détenus de force à Prey Speu durant des semaines, voire des mois.

Au Cambodge, les enfants des rues, les prostituées, les sans domicile fixe et les handicapés sont systématiquement enfermés dans de telles structures  présentées comme des centres de « réhabilitation sociale » ou des centres pour drogués.
Dans ces derniers – il en existe six au Cambodge- plus de 2000 personnes s’y entassent chaque année sans recevoir les soins adéquats. Human Rights Watch a dénoncé à plusieurs reprises les violences qui y sont pratiquées par les gardiens et le personnel. Les détenus y sont battus à coups de tuyau d’arrosage, violés, frappés à l’aide de tiges de bambous ou de matraques électriques…Dans plusieurs centres, ils ont été utilisés comme main d’œuvre corvéable à merci sur des chantiers, y compris lors de la construction d’un hôtel l’an dernier.

 

Krystel Maurice