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Les touristes chinois annulent leurs séjours au Cambodge

Un groupe de touristes chinois à Angkor Wat. Photo Krystel Maurice

Quel sera l’impact au Cambodge de la nouvelle loi sur le tourisme entrée en vigueur au 1er octobre en Chine ? S’il est difficile de spéculer sur ses incidences à long terme, dans l’immédiat cette loi provoque dores et déjà un séisme dans l’ensemble des pays de l’Asie du Sud-Est.

Après des années d’atermoiement, la Chine vient de publier sa première loi réglementant le tourisme dans le pays.
Dans l’esprit, il s’agit avant tout de mettre au pas les agences de voyages chinoises, sommées de faire preuve de transparence à l’égard de leur clientèle. Elles devront ainsi cesser d’appâter les touristes avec des prix de départ ridiculement bas pour ensuite les taxer lourdement, en cours de voyage, avec des suppléments qui ne figurent pas sur les contrats.

Au nombre des arnaques quasi généralisées, le shopping forcé qui permet aux tours-opérateurs de prélever d’importantes commissions sur les achats réalisés. En clair, ces agences empochent un pourcentage négocié par avance dans les boutiques où elles emmènent les touristes, les montants de ces bakchichs étant finalement répercutés sur les prix acquittés par les clients.
Une autre arnaque systématique consiste à faire payer aux clients les salaires des guides qui les accompagnent, via d’importants suppléments. Autant d’économies pour les agences dont les charges de personnels sont proches de zéro.

Au bout du compte, jusqu’à la promulgation de cette loi, on estimait que les dépenses de voyage s’établissaient au double du prix annoncé aux clients.

 

La flambée des prix provoque des annulations en masse

Au cours des dernières années, les plaintes se sont multipliées et le gouvernement chinois a finalement réagi en publiant cette loi tant attendue. Elle est donc effective depuis le 1er octobre. Une date qui n’a pas été choisie au hasard puisqu’à cette époque les Chinois sont en vacances pour une semaine. C’est ce qu’on appelle la «Golden Week», une semaine de congés instaurée il y a un peu plus de 10 ans. Des millions de Chinois se déversent alors sur  les routes pour visiter le pays ou pour se rendre à l’étranger.

Mais cette année, ils ont boudé les agences de voyage, les prix proposés ayant plus que doublé, en raison de cette loi. C’est le cas pour des destinations comme la Thaïlande ou la Corée du Sud, deux pays généralement appréciés par les visiteurs Chinois.
A Shanghai ou Pékin, les prix d’un séjour de cinq jours à Hong Kong, destination phare du shopping, ont ainsi été multipliés par trois durant la « Golden Week ». Avec pour incidence une chute dramatique de 30% des arrivées.
Singapour, la Malaisie et le Cambodge sont également durement touchés.  D’une manière générale, toute l’Asie du Sud-Est a enregistré des annulations en masse, non seulement pour la semaine en cours mais aussi bien au delà. Les statistiques précises n’ont pas encore été  publiées mais les professionnels sont très inquiets.

Au Cambodge, les touristes chinois représentent une manne importante, puisqu’ils sont les plus nombreux après les Vietnamiens et les Sud-Coréens. En 2012, 334.000 d’entres eux ont visité le pays, un chiffre en constante progression qui provoque des élans d’enthousiasme dans les rangs du gouvernement.
A échéance de 2018,  le ministère cambodgien du Tourisme table ainsi sur 1,3 millions de visiteurs chinois. « Nous manquons d’hôtels, de transports et de services expliquait Thon Kong, le ministre du tourisme lors d’un séminaire en juin. Les Chinois sont les touristes au monde qui dépensent le plus en faisant du shopping. Nous pensons construire un Chinatown à Phnom Penh où ils pourraient trouver tout cela ».

Mais à Siem Reap, la promulgation de cette loi assombrit considérablement ces perspectives. Nombre de séjours ont été annulés ces derniers jours. «Nous avons perdu toute la clientèle chinoise qui avait réservé pour le mois de novembre, explique le directeur d’un grand hôtel. A un mois de l’ouverture de la saison,  c’est catastrophique et il va falloir très vite nous recentrer sur d’autres pays pour trouver des marchés».

Que se passera t il dans les mois à venir ? Les touristes chinois, dont  80 millions d’entre eux se rendus à l’étranger l’an dernier, reprendront t-ils rapidement le chemin des aéroports ? Assistera t-on, comme le pensent certains, au développement d’une clientèle davantage tournée vers les voyages individuels? Autant de questions auxquelles pour l’instant il est impossible de répondre.

 

Krystel Maurice