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Un Cambodgien sur cinq a déjà violé, selon une étude de l’ONU

Près d’un quart des hommes interrogés dans le cadre d’une grande enquête de l’ONU à travers six pays d’Asie-Pacifique, dont le Cambodge, admettent indirectement avoir déjà commis un viol.

Les résultats de cette étude sont particulièrement alarmants même si l’on sait que « la violence contre les femmes est une dure réalité », comme l’a déclaré Roberta Clarke, représentante de l’ONU, lors de leurs présentations mardi à Bangkok.

Cette enquête originale a été réalisée sur neuf sites situés dans six pays différents (Cambodge, Sri Lanka, Chine, Bangladesh, Indonésie et Papouasie-Nouvelle-Guinée), entre 2010 et 2013. D’une ampleur inédite, elle a permis d’interroger quelque 10.000 hommes de 18 à 49 ans mais aussi des femmes, dans une proportion moindre cependant.

En moyenne 11 % des hommes interrogés ont reconnu avoir violé, et cette proportion monte à près d’un quart (24 %) lorsqu’on inclut les viols de leurs partenaires, épouses ou petites amies.

Comme on le voit sur le tableau ci-dessous extrait de l’étude de l’ONU, les résultats présentent de grandes différences d’un pays à l’autre avec des taux atteignant 62 % dans l’île de Bougainville en Papouasie-Nouvelle-Guinée, pays qui affiche un des taux de violences envers les femmes les plus élevés au monde contre 9,5% au Bangladesh, dans la zone urbaine étudiée.

 

Pourcentage d'hommes ayant perpetré un viol sur une femme

Menés face à face, ces interviews ont été conduites selon une méthodologie identique dans chaque pays. Elles portaient sur les violences à l’égard des femmes mais aussi sur l’environnement des personnes interrogées tel que leur enfance, leur milieu familial, leur travail, leur situation économique ou leur santé.

Les questions sur l’acte de viol n’ont pas été posées frontalement mais de manière détournée. Il était par exemple demandé : « Avez-vous déjà forcé une femme qui n’était pas votre épouse ou petite amie à avoir des relations sexuelles » ou « encore avez eu des relations sexuelle avec une femme trop ivre ou droguée pour dire si elle était consentante » ou  avez- vous commis ces actes « en compagnie d’autres hommes » (pour les viols collectifs).

Cette étude a cependant ses limites, expliquent les auteurs. Ces échantillons ne représentent pas ce qui se passe à l’échelle nationale, à une exception près, le Cambodge, où le nombre de personnes interrogées est représentatif de la situation dans l’ensemble du Royaume, précisent les chercheurs.

 

Au Cambodge, les violeurs sont très jeunes

 

Au Cambodge, un homme sur cinq dit avoir déjà commis un viol.  Sur un total de 1812 hommes interrogés, 20, 8% d’entre eux disent avoir déjà commis un viol sur leur épouse, petite amie et 8, 3% sur quelqu’un d’autre.

L’étude de la situation dans ce pays met en lumière plusieurs autres spécificités. A l’exception de la Papouasie-Nouvelle Guinée, c’est le pays où les violeurs sont les plus jeunes. 15,8% avaient moins de 15 ans lorsqu’ils ont violé pour la première fois et 52% avaient moins de moins de 20 ans.

Toujours à l’exception de la Papouasie et Bougainville en Nouvelle Guinée, le Cambodge est aussi le pays où le pourcentage de viols collectifs est le plus élevé, avec 5,8% tandis que les autres pays se situent dans une fourchette de 1,4% à 2,2%.

Motivations

Les chercheurs ont également tenté de comprendre les motivations  de ces violeurs. Au Cambodge, ceux-ci considèrent en premier lieu, que ce droit leur ait donné (45%). Une forte proportion d’entre eux expliquent aussi qu’ils ont agi sous l’effet de la « colère ou pour punir » (42% ).
Seuls 27% d’entre eux disent l’avoir fait par « plaisir » ou par « ennui ».
La prise d’alcool est le tout dernier argument qu’ils avancent  pour expliquer leurs actes (14% seulement).

Mais- et c’est là sans doute une piste à explorer pour les associations travaillant dans ce secteur- l’étude de l’ONU révèle aussi que 45% de violeurs ont subi des violences physiques lorsqu’ils étaient enfants et 15% disent avoir été violés.

Le Cambodge promeut un modèle culturel fondé sur la domination de l’homme et les interviews réalisés, y compris auprès des femmes victimes de ces violences, en témoignent clairement. Dans leur écrasante majorité, ces femmes estiment avoir une responsabilité dans les violences commises contre elles ou disent qu’elles doivent les accepter.
67% des 620 Cambodgiennes interrogées pensent ainsi qu’elles doivent supporter la violence pour que leur famille n’éclate pas, le score le plus élevé de tous les pays étudiés.
Plus encore 81, 7% d’entre elles considèrent qu’il n’y a pas viol lorsque la femme ne s’est pas physiquement débattue. Des réponses pour le moins préoccupantes et qui montrent à quel point la notion de libre consentement leur est étrangère.

 Krystel Maurice

L’enquête complète est disponible ici ( en anglais)