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Cambodge: comment la Canadia Bank essore les comptes épargne de ses clients

La Canadia Bank à Siem Reap Photo@Krystel Maurice

Le Cambodge ne vit plus à l’heure des Khmers rouges, les compagnies bancaires ont réinvesti le pays, la confiance est revenue et les investisseurs étrangers n’hésitent plus à venir y placer leur argent. Une chanson répétée sur tous les tons depuis des années qui relègue le paysan des rizières resté méfiant au rang d’arriéré profond.

Parmi ces banques, la Canadia Bank privatisée en 1998. « Nous sommes la plus grande banque du Cambodge, clame son site internet. Par conséquent, vous pouvez être assurés que vos économies durement gagnées sont en sécurité et bien protégées ».

Le 23 février 2010, j’y ai ouvert un compte épargne au bureau de Siem Reap. Pas franchement pour y réaliser le jackpot puisque je n’ai déposé que 50$, somme minimale requise. On m’a remis un joli livret vert pistache, plusieurs cartes de visites, celle du directeur, celle du directeur-adjoint, celle du responsable de service… « Je vous appellerai dans quelques jours lorsque votre carte bancaire sera prête ». Deux bons mois plus tard, la carte et son code enfin délivrés, l’affaire était réglée.
Quatre années ont passé, sans que je ne me soucie plus de l’existence de ce compte. Mais hier, redécouvrant ce livret et la carte bancaire au fond d’un tiroir, je décide d’aller solder ce compte inutile sur lequel je n’avais effectué aucune transaction.

« Pourquoi voulez-vous annuler votre compte ?», demande l’employée de service. Surprise par la question, je réponds: «Je quitte le Cambodge». « Vous ne voulez pas laisser 10 $ dessus pour le conserver. Comme ça, vous pourrez vous en servir lorsque vous reviendrez ?» Pour couper court, je rétorque: «Je rentre définitivement en France ».

Livret-Epargne-Canadia-Bank-PLC-cambodge

Une heure d’attente et quelques formulaires plus tard, mon livret ressurgit du fond des ténèbres d’un couloir. « Voilà madame, votre solde est de 0 ! » J’écarquille les yeux, incrédule. « Mais je n’ai jamais effectué aucune retrait». « Oui, c’est pour cela qu’il ne reste rien sur le compte

Il doit y avoir malentendu. Je répète : « Mais j’ai déposé 50 $ en 2010, c’est impossible, d’autant qu’il s’agit d’un compte épargne. » «  Oui, mais vous devez l’utilisez. Sinon nous retirons 10 $ la première année, 20$ la seconde année, 30 la suivante … » « Vous voulez dire que les frais sont de 10$ par an ? » « Non, 10 $ la première année, 20 $ l’année suivante, puis 3o$, puis 40$ et encore 50$ ».

Je m’étouffe. « Mais alors, je vous dois de l’argent? ». « Non, non, c’est bon comme cela !» A côté de moi, un expatrié français de longue date me lance : « Vous avez de la chance, moi j’ai perdu 120 $ comme ça. Ce sont des voleurs ! ». Je pressens que la discussion avec des employés qui n’en peuvent mais peut durer des heures. Je renonce d’emblée, me contente de jeter un « Merci à la Canadian Bank pour sa générosité !» et sort.

Assise devant un café dix minutes plus tard, j’examine mon livret. Les décomptes s’y étalent sur sept pleines pages.

23 février 2010 dépôt 50$. Trois retraits de 6 $ y sont inscrits sous la mention ATM, ce qui en France correspond à des retraits au distributeur. Puisque que je n’ai jamais utilisé ma carte bancaire, j’en conclus que ces retraits doivent correspondre à une cotisation annuelle. Sauf que les dates de ces retraits sont fantaisistes : 23 février 2010, jour de l’ouverture du compte, 9 mars 2011 et 9 mars 2012 mais rien en 2013 et rien en 2014.

Deux autres retraits de 10$ sont inscrits sur le livret. Le premier en février 2011, l’autre en février 2013, mais aucun en 21012. Entre ces chiffres, six pages correspondant aux intérêts versés, consciencieusement reportés chaque mois, variant de 0,03$ à 0,01 $ selon l’année.

Au final, selon ce relevé, le compte restait créditeur de 12, 84$ au 21 février 2014. Le 31 mars 2014, suite à une dernière retenue de …12,84 $, le compte présentait enfin un solde de 0,01$.

« Vous pouvez être assurés que vos économies durement gagnées sont en sécurité et bien protégées ». Pour sûr, à la Canadia Bank, la gestion des comptes épargne des clients relève du grand art !

Krystel Maurice