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Lutte contre les pédophiles étrangers: les méthodes des ONG et de la police sur la sellette

Le responsable d’une association cambodgienne d’aide juridique a accusé, vendredi 8 mai, les ONG et la police d’organiser elles-mêmes des pièges contre les étrangers qu’elles suspectent d’être des pédophiles.

Sok Sam Oeun, qui dirige l’association Projet des défenseurs cambodgiens, s’exprimait à l’occasion de la présentation  de la loi  sur « la suppression du  trafic humain et l’exploitation sexuelle» promulguée en 2008. « Les ONG et la police tendent des pièges aux pédophiles en impliquant une mère et sa fille. Résultat : le client, la mère et la fille sont tous trois arrêtées. Cette pratique doit cesser immédiatement. Le rôle de la police est d’empêcher  les gens de commettre des crimes, pas de les poursuivre  en justice».
Sok Sam Oeun n’a pas précisé de quelle ONG il parlait : « Je sais que c’est ce qui se passe et je veux que cela cesse », s’est-il contenté d’ajouter.

A plusieurs reprises, de telles accusations ont été formulées à l’intérieur des cours de justice cambodgiennes chargées de juger des pédophiles étrangers. Elles ne surprendront donc pas ceux qui ont suivi régulièrement les procès. Mais c’est la première fois qu’elles sont portées sur la place publique.

 

L’association Action pour les Enfants mise en cause

Dun Vibol, un avocat qui a souvent défendu des étrangers accusés de pédophilie avait récemment dénoncé les pratiques de l’association la plus connue, Action Pour les Enfants (APLE), qui, disait-il, tendait des pièges pour parvenir à ses fins.

Dimanche, Dun Vibol a enfoncé le clou  déclarant au Phnom Penh Post : « De ma propre expérience, dans la plupart des cas concernant des étrangers, ils ont été piégés par Action Pour les Enfants et la police locale, sans que ces derniers  ne tentent d’empêcher le crime. Ils ont laissé faire et ont ensuite arrêté les étrangers ». L’avocat a notamment cité le cas du Français Claude Jean-Pierre Demeret, condamné à trois ans de prison avec sursis pour avoir eu des relations avec une mineure de 16 ans. Chong Eav Heng, l’avocat de Demeret avait affirmé durant le procès qu’on avait tendu un piège à son client. Le juge Chan Madina qui présidait le tribunal avait abondé dans ce sens, soulignant le fait que la victime avait déjà été impliquée dans des combines identiques contre quatre autres étrangers.

Avant l’affaire Demeret, affirme Dun Vibol, la victime avait été placée sous la protection de l’ONG dans des locaux qui appartenaient à l’association. « La question qui se pose est de savoir pourquoi les employés de l’association ont laissé sortir la fille et l’ont laissée se prostituer avec Demeret alors que celui-ci faisait déjà l’objet d’une surveillance de la part de l’ONG et de la police locale», a déclaré l’avocat au Phnom Penh Post.

Seila Samlang, le directeur d’Action Pour les Enfants a annoncé lundi 10 mai son intention de porter plainte pour diffamation contre Dun Vibol. Les accusations portées par l’avocat sont légales tant qu’elles sont prononcées à l’intérieur d’un prétoire, souligne-t-il, mais elles sont diffamatoires  dans la mesure où elles sont rendues publiques. « J’ai assez de preuves en mains pour prouver que les enquêtes menées [par Action pour les enfants] piègent les étrangers », a rétorqué Dun Vibol à l’annonce de cette plainte.

 

Krystel Maurice