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Le premier ministre interdit machines à sous et paris sportifs

Le premier ministre Hun Sen vient d’interdire l’exploitation des machines à sous dans tout le pays et a ordonné la fermeture immédiate de tous les établissements de paris sportifs.
Cette annonce a été entérinée par une circulaire émanant du chef du gouvernement.

Le chef du gouvernement a estimé le 24 février 2009 que ces activités portaient atteinte à la moralité de la population, favorisait l’insécurité et troublait l’ordre public. Il a notamment précisé que les jeux d’argent généraient disputes et violences domestiques et favorisaient la petite criminalité. Il a ajouté que le Conseil d’encouragement de la morale auprès des femmes, dont son épouse est la présidente d’honneur, s’inquiétait également d’un recul des valeurs morales dans la société cambodgienne lequel est dû aux jeux d’argent. « Ces derniers sont pourtant interdits aux Cambodgiens mais les sociétés de jeux ferment les yeux et acceptent bien volontiers une clientèle locale », a déploré le chef du gouvernement.

L’annonce du premier Ministre apparait pour le moins surprenante puisque cette croisade morale contre les jeux d’argent ne concerne pas les casinos. La circulaire reste en effet muette sur les casinos enregistrés et installés sur le sol cambodgien. La plupart d’entre eux sont implantés dans les zones frontalières entre la Thaïlande et le Vietnam et appartiennent pour beaucoup à des proches du pouvoir. En principe, les Cambodgiens ne peuvent y accéder, les jeux d’argent étant interdit au Cambodge. Mais il suffit de s’y rendre pour se rendre compte qu’il ne s’agit là que d’un principe.
Autre argument avancé par le chef de l’État pour justifier ces mesures, ces activités ne rapporteraient pas suffisamment de richesses au pays. La semaine dernière, le secrétaire d’État à l’Économie Chea Peng Chheang avait pourtant précisé que l’industrie du jeu avait rapporté à l’État cambodgien plus de 20 millions de dollars de revenus fiscaux en 2008 et que ces recettes seraient encore supérieures en 2009.

CamboSix démantelé en deux jours

La circulaire signée du Premier ministre a été suivie d’une deuxième circulaire, signée par le ministre de l’Économie ordonnant, à son tour, la fermeture immédiate de tous les établissements de jeux dans tout le Cambodge et l’annulation pure et simple de leurs licences encore en cours. Les établissements qui refuseraient de se soumettre s’exposeront à des sanctions au regard de la loi, précise la circulaire.
Premier établissement à faire les frais de ces mesures, Cambosix, pourtant seul établissement agréé par les autorités à prendre des paris sur les matches de football. En deux jours toutes les succursales de Cambosix ont ainsi été fermés, une vingtaine au total dans tout le pays.
« Il faut mettre un terme à la mission de la CamboSix. Je n’ai plus envie de me casser la tête avec les jeux d’argent » avait déclaré le premier ministre deux jours plus tôt. Je crois que le président de Cambo-Six comprend la situation… ».
Pas si sur, car CamboSix, dont 49% des capitaux sont détenus par des investisseurs de Hong-Kong, ne devrait percevoir aucune indemnité. En effet, si le ministre de l’Économie reconnait que le gouvernement avait accordé une licence à cette société jusqu’en 2011, il estime aussi qu’aucun «contrat précis ne liait les deux parties ».
CamboSix verse au gouvernement une taxe d’environ un million de dollars par an. Jeudi 26 février, c’est un autre grand groupe, Sporting Live group, qui emploie quelques 200 personnes qui a été contraint de fermer plusieurs de ses agences.

Compensations financières

Comme on devait s’y attendre, ces deux groupes n’ont pas tardé à réclamer une compensation financière à l’Etat. Le 12 mars, CamboSix faisait savoir que, selon ses calculs, le groupe accusait une perte sèche de 12 millions de dollars correspondant aux investissements réalisés pour l’aménagement de ses 20 succursales. Il demande donc au gouvernement un dédommagement équivalent à ce montant. Le groupe Sporting Live s’apprêterait à faire de même.
Le gouvernement mettra t- il la main à la poche, comme il l’a laissé récemment entendre, et dans l’affirmative, à quelle hauteur?
On estime par ailleurs que 6000 à 8000 cambodgiens ont perdu leur emploi suite à ces fermetures. Aucune indemnité ne leur sera versé, s’était empressé de déclarer le gouvernement.