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Un mort et plusieurs blessés par balles lors d’une manifestation à Phnom Penh

 

Une femme été tuée et au moins 7 personnes ont été blessées au cours d’affrontements très violents mardi dans le district de  Meanchey à Phnom Penh entre des employés de l’usine textile SL, les forces de l’ordre et de simples passants.

En grève depuis trois mois pour réclamer une amélioration de leurs conditions de travail et la démission d’un des administrateurs de l’usine, quelque 600 employés de l’usine SL, l’un des fournisseurs de H & M et Gap, ont tout d’abord tenté de se rendre à la résidence du Premier ministre afin que celui-ci intervienne dans ce conflit qui s’éternise.

Un cordon de plus d’une centaine de policiers les a immédiatement bloqué, érigeant des barricades au niveau du pont de  Stung Meanchey dont ils barré l’accès. La tension est rapidement  montée et les forces de l’ordre ont fait usage de canons à eau contre les manifestants. Une voiture de policiers et deux motos ont été incendiées.

Plusieurs manifestants mais aussi des passants affolés ont tenté d’aller se réfugier dans une pagode proche. Ils ont été poursuivis par des policiers et plusieurs d’entre eux ont été battus sur le parvis de la pagode.

Face à ce déchainement de violence, des passants qui se trouvaient sur place s’en sont pris à leur tour  aux policiers et ont commencé de leur jeter des pierres. Ceux-ci se sont alors enfermés dans une pièce de la pagode qu’ils ont verrouillée de l’intérieur.

Une vendeuse tuée

Tandis que la foule essayait de pénétrer à l’intérieur, manifestants et membres des associations des droits de l’homme tentaient d’apaiser la situation sur le pont. Les forces de police ont alors ordonné l’assaut de la pagode, faisant usage de bombe lacrymogènes et de balles en caoutchouc avant de tirer à balles réelles avec des AK 47 et des pistolets. Eng Sokhum, une vendeuse du marché situé à proximité, a été atteinte par l’une de ces balles et est décédée à l’hôpital. Plusieurs autres personnes ont été blessées par balles et évacuées vers des hôpitaux. L’une d’elle est dans un état critique. Un policier a été touché à la tête par des jets de pierres.

Mais peu avant midi, alors que les manifestants n’étaient plus très nombreux et se tenaient à bonne distance, les centaines de policiers qui se trouvaient sur place ont une fois encore chargé, tirant à balles réelles pour les disperser, les pourchassant dans les rues adjacentes et les matraquant. Plusieurs d’entre eux ont été blessés.

Une trentaine de civils et une douzaine moines ont été arrêtées, selon la Licadho.

Les associations de défenses des droits de l’homme, ont fermement condamné cette violence. C’est une nouvelle illustration de la brutalité policière. Manifester pour de meilleures conditions de travail ne devrait pas conduire à la mort, a déclaré Naly Pilorge, le directeur de la Licadho. Au lieu de protéger la population et de maintenir la paix, les autorités instiguent une  violence inutile (…). Nous condamnons le comportement de la police et demandons une enquête indépendante sur le recours  excessif à la force et à l’usage de balles réelles. »

«  C’est le deuxième mort en moins de deux mois, tués par les forces de sécurité au cours d’une manifestation », déplore Ou Virak, président du centre cambodgien des droits de l’homme.  « Malheureusement ces drames surviennent  dans un contexte d’impunité totale pour ceux qui violent les droits de l’homme. A ce jour, aucune enquête n’a été menée sur la mort de Mao Sok Chan, tué lors de la manifestation du 15 septembre. J’espère que les événements de ce matin finiront par persuader les autorités d’enquêter sur le fait de savoir  pourquoi de simples spectateurs se trouvent dans la ligne de tirs. »

Krystel Maurice