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Usines de textile: hospitalisations à répétition

Quarante neuf ouvrières de l’usine textile Huey Chuen  Corp Ltd, l’un des fournisseurs de la marque de vêtements et de chaussures de sport Puma, ont été hospitalisées lundi 25 juillet suite à des malaises. En avril déjà, plus d’une centaine d’ouvrières de la même usine, située dans la banlieue de Phnom Penh, avaient dû être transportées à l’hôpital après s’être évanouies.

Dans un communiqué rendu publique lundi, la marque Puma  dit prendre ces incidents « très au sérieux» et affirme avoir mis en œuvre dans cette usine une stratégie visant à améliorer, immédiatement et sur le long terme, les conditions de  production. Ce communiqué ne précise pas les mesures qui ont été prises.

Il y a quelques jours, La Fair Labour Association, une ONG internationale qui a enquêté chez Huey Chuen  Corp Ltd à la suite des événements survenus en avril, a publié un rapport dans lequel elle évoque de très nombreuses infractions au code du travail cambodgien parmi lesquelles l’usage de produits chimiques qui avaient interdits par Puma et des cadences infernales.
Puma reconnait qu’une enquête a été diligentée mais affirme que les cadences de travail ne sont pas en cause et qu’aucune « substance volatile » n’est actuellement utilisée dans l’usine. La marque allemande souligne qu’au cours des deux derniers mois la situation dans l’entreprise s’est améliorée.

Le groupe allemand, qui se dit conscient des problèmes rencontrés par les salariées travaillant dans les usines textiles du Cambodge, se dit prêt à ouvrir des discussions avec d’autres grands groupes pour s’attaquer à ces questions dans un cadre plus large.

Huey Chuen  Corp Ltd n’est en effet pas la seule entreprise confrontée à de tels incidents.
Le 15 juin déjà plus de deux cents travailleuses de l’usine de textile King Fashion avaient été prises de malaises. En avril,  des centaines de salariées de Universal Apparel Co Ltd avaient également été hospitalisées après s’être évanouis. En octobre 2009, dans l’entreprise Willbes Cambodia & Co plusieurs centaines d’ouvrières étaient victimes des mêmes malaises.

 

Un phénomène récurrent

 

En réalité, depuis des années,  ce phénomène est récurrent. En 2005 déjà, Chea Mony, président du Syndicat indépendant des ouvriers du Cambodge, dénonçait « l’indifférence » des autorités. Il disait estimer à quelque 1 200 personnes le nombre d’ouvriers victimes de malaises au cours des deux dernières années. « Ils s’écroulent parce qu’ils ont le ventre vide – leurs faibles salaires ne leur permettent pas de se nourrir convenablement – et parce qu’ils sont assommés d’heures supplémentaires. Ajoutez à cela l’intoxication par certains tissus, ces évanouissements sont prévisibles! », estimait-il en ajoutant connaître au moins huit usines abonnées à ce type de problèmes. Si le Cambodge n’est plus l’infâme atelier d’exploitation de la main d’œuvre qu’il a pu être au milieu des années 90, le code du travail est loin d’être respecté.

Hier, Chea Mony a adressé des courriers aux ministères concernés dénonçant une nouvelle fois ces atteintes à la santé des salariées du textile et la corruption des enquêteurs diligentées par les ministères.

L’industrie textile représente 80% des exportations totales du Cambodge. Mais la plupart des usines du pays  sont aux mains de capitaux étrangers.
Sur les 355 usines, membres du GMAC, l’association qui regroupe les patrons, seules 26 d’entre elles ont des propriétaires cambodgiens, représentant 7% de l’ensemble du secteur. Les autres usines sont détenues par des capitaux appartenant à des ressortissants de Taiwan, de Hong Kong et de Chine.

 

Krystel Maurice