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Cambodge: l’Institut Pasteur confirme l’épidémie de sida à Roka

L'institut Pasteur à Phnom Penh

Une équipe de l’Institut Pasteur de Phnom Penh qui a réalisé jeudi et vendredi une nouvelle série d’analyses a confirmé que 119 habitants du village de Roka étaient contaminés par le sida, contrairement aux dénégations du Premier Ministre Hun Sen la veille.

« Malheureusement je dois confirmer que tous les échantillons de sang que nous a fait parvenir le ministère de la santé sont positifs. Ils sont contaminés par le sida », a déclaré le Dr Fontenille.

Jeudi, 92 personnes avaient été contrôlées positives. D’autres analyses ont été effectuées sur 27 nouveaux échantillons dans la journée de vendredi, elles aussi toutes positives. Pour l’instant, ce sont donc 119 personnes du village pour lesquelles la contamination a été confirmée.

Cette troisième série de tests, après ceux effectués au dispensaire du district de Sangke, puis à l’hôpital de la province à Battambang, ne laisse donc plus de doute sur la nature de l’épidémie.

Jeudi le premier ministre Hun Sen avait déclaré qu’il était sûr« à 99% » qu’il ne s’agissait pas d’une épidémie de sida et avait mis en cause la fiabilité du matériel de dépistage. « Ils peuvent avoir un virus mais ce n’est pas le sida, avait-il commenté. Est-ce qu’un vieillard de 80 ans peut attraper le sida ? Est-ce qu’un enfant de 4 ans qui ne connait rien à rien peut avoir le sida ? » Une déclaration à l’emporte-pièce qui n’avait pas manqué de susciter des réactions dans la communauté scientifique et bien au-delà.

Parmi elles, Françoise Barré-Sinoussi, l’une des grandes spécialiste de la maladie, qui a reçu en 2008 le Prix Nobel de médecine pour ses travaux sur la découverte du VIH, alors qu’elle faisait partie, à l’Institut Pasteur, de l’équipe dirigée par le Pr Luc Montagnier. « Je ne sais pas pourquoi il a fait ces déclarations. Mais je pense qu’il a été très mal informé », commente-t-elle sobrement dans une déclaration au journal Southeast Asia Globe.

Selon elle, les autorités doivent maintenant s’appliquer à rassurer la population. « Nous avons besoin du Premier ministre et du Roi pour cela. Ils doivent calmer les gens, leur dire que les autorités enquêteront pour savoir ce qui s’est passé et que les victimes recevront le meilleur traitement possible. »

Dans les prochains jours, l’Institut Pasteur de Phnom Penh poursuivra ses analyses sur de nouveaux échantillons.

Selon le dernier bilan de l’Autorité nationale de lutte contre le sida, sur les 2706 habitants de la commune de Roka, 106 personnes étaient infectées sur les 895 contrôlées. Un bilan qui a donc été revu à la hausse suite aux tests pratiqués à Pasteur. Parmi eux, 19 enfants et des hommes et des femmes de tous âges, le plus âgé ayant 82 ans. Des investigations dans ce village, mais également dans les villages périphériques, devront être menées pour déterminer l’origine du virus.

Car jusqu’à présent le Cambodge faisait plutôt figure de bon élève dans la lutte contre la maladie. De gros efforts avaient été réalisés depuis les années 90 et nombre d’associations, parmi lesquelles Médecins sans Frontières, avaient retroussés leurs manches pour faire reculer ce fléau. Avec succès puisque le taux de prévalence chez les adultes de 15 à 49 ans était en effet passé de 1,7 % en 1998 à 0,6 % en 2013 et 0,4 % en 2014.

Depuis plusieurs jours, les soupçons se sont portés sur un homme qui faisait office de « médecin » dans le village sans pour autant être diplômé. Celui-ci est toujours détenu par la police pour éviter qu’il ne soit en butte à la colère des habitants. Dans le même temps, les enquêteurs tentent de retrouver quelques indices sur le terrain de sa propriété : seringues usagées, fioles…

« La colère est préjudiciable, explique Françoise Barré-Sinoussi, les gens ne devraient pas sauter sur cet homme. Il faut avancer en gardant raison. La première chose, c’est de clarifier ce qui s’est passé. Nous devons aller en profondeur pour cerner le problème et comprendre pourquoi c’est arrivé. Le plus important, c’est de laisser les autorités faire leur travail. »

 

Krystel Maurice