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Textile: grève massive annoncée contre le salaire à 61 dollars jusqu’en 2014

Usine de textile au Cambodge. 90% des employés du secteur sont des femmes.

Au Cambodge, les syndicats indépendants du secteur textile ont lancé un mot d’ordre de grève nationale de cinq jours, du 13 au 18 septembre, pour protester contre  le salaire minimum à 61 dollars jusqu’en 2014.

Plafonné à 50 dollars, le montant du salaire minimum n’avait pas été réévalué depuis quatre ans. Le 8 juillet dernier, le patronat a enfin concédé une hausse de 5 dollars, à laquelle s’ajoute une subvention gouvernementale de 6 dollars. L’accord de principe a été entériné par le Comité consultatif du travail, composé des représentants du patronat, du gouvernement et des syndicats. Le salaire minimum passera ainsi à 61 dollars au 1er octobre et restera inchangé jusqu’en 2014.

Maigre concession puisque selon une étude réalisée en septembre 2009 par un institut de recherche, le Cambodia Institute of Developement Study, et financée par plusieurs ONG, les besoins d’une ouvrière du textile se situent entre 90 et 120 dollars mensuels.

L’étude s’appuie sur  300 interviews d’employées travaillant dans 74 usines implantées dans cinq provinces du royaume. Coût des logements, de la nourriture, des soins, de l’eau, de l’électricité y sont listés. Y figurent aussi des dépenses indirectes, tel que le montant des aides que ces ouvrières versent régulièrement à leurs parents. Ce soutien aux familles est un phénomène généralisé au Cambodge. Les ouvrières interviewées affirment même que c’est leur toute première motivation. Toutes expliquent que si elles ne peuvent envoyer suffisamment d’argent à leur famille, elles seront sommées de revenir à la maison.
Compte tenus de ces besoins, l’étude conclue que le salaire minimum dans le textile devrait donc s’établir à 74,85 dollars mensuel, soit une quinzaine de dollars de plus que l’accord de juillet.

Jugeant la hausse nettement insuffisante, la National independant federation textile union of Cambodia et la Coalition of Cambodian Apparel of Workers Democratic Union – les deux seuls syndicats indépendants membres du Comité consultatif du travail – ont refusé de signer cet accord. Ces deux syndicats réclament un salaire minimum à 75 dollars, tandis que d’autres syndicat indépendants, exigent un minimum de 93 dollars.
En ordre dispersé, ces syndicats ont aussi tenté d’ouvrir, des négociations bilatérales avec le patronat portant sur d’autres chapitres tout aussi importants: Prime de panier, prime d’assiduité, prime d’ancienneté…

Le Gmac, l’organisation patronale du textile, s’est refusé à négocier avec les uns ou les autres, d’autant que les syndicats proches du pouvoir s’étaient déclarés satisfaits.
A la menace de grève, le patronat a répondu par des menaces de coupes sombres dans les salaires des grévistes et a brandi, comme toujours, l’épouvantail d’un retrait des donneurs d’ordres du Cambodge.

Grève massive

Après de nombreuses hésitations, les syndicats indépendants ont finalement appelé la semaine prochaine à une grève nationale qu’ils promettent d’une ampleur exceptionnelle. Ils affirment en effet  avoir recueillis 80 000 signatures de travailleurs s’engageant à observer la grève.

Le textile qui emploie quelque 300 000 salariés est un des quatre piliers de l’économie cambodgienne. Les exportations de ce secteur représentent  80% du total des exportations du pays. En chute de 20% l’an dernier, les exportations ont représenté 2,38 milliards de dollars (dont 1,887 milliard de dollars vers les États unis). Mais après le Bangladesh, le Cambodge est aussi est le pays où les profits des patrons du textile sont les plus élevés.
Au Bangladesh, où les deux millions d’employés du textile sont les moins bien payés au monde, patrons et gouvernement ont du se résoudre, en juillet, à augmenter de 80% le salaire minimum, après des mois de violentes manifestations portant sur les conditions de travail et les salaires.
Le minimum salarial est passé de 23 dollars à 43 dollars.

 

Krystel Maurice