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Procès des Khmers rouges: démission du procureur international

Le Tribunal chargé de juger les anciens dirigeants Khmers rouges n’en finit plus d’être confronté à des difficultés. Hier, le procureur international Andrew Cayley a annoncé sa démission « pour raisons personnelles », une défection qui intervient à cinq semaines seulement des réquisitions et des plaidoiries finales du premier procès contre Khieu Samphan et Nuon Chea, les deux seuls accusés encore en vie qu’il reste à juger.

Le tribunal est en outre paralysé depuis le 1er septembre par la grève de quelques 140 employés cambodgiens sur un total de 250, parmi lesquels des juges, des procureurs, des avocats et des interprètes qui ne sont plus payés depuis le mois de juin par le gouvernement cambodgien.

La démission d’Andrew Cayley prendra effet le 16 septembre. Il devrait être remplacé en octobre par Nicholas Koumjian, un juriste qui a travaillé ces dernières années dans différents tribunaux internationaux chargés de juger les crimes de guerre, notamment en Sierra Léone, en ex-Yougoslavie ou encore au Timor oriental.

Dans un bref communiqué Andrew Cayley explique qu’il part rejoindre sa famille qui a quitté le Cambodge en juin.

« J’espère que les problèmes financiers auxquels la Cour est actuellement confrontée seront résolus afin de permettre de boucler ce dossier correctement et dans les temps impartis », écrit-il dans ce communiqué.

Nommé fin 2009, il avait remplacé le Canadien Robert Petit, qui avait jeté l’éponge, excédé par les ingérences du pouvoir dans le dossier.
Bien que plus tempéré, Andrew Cayley n’avait pourtant pas hésité, en 2011, à rédiger un communiqué dans lequel il accusait le juge allemand Blunk d’avoir failli à sa mission en prononçant la clôture prématurée de l’instruction du cas n°3, renonçant ainsi à d’éventuelles poursuites de nouveaux suspects.
L’affaire avait fait grand bruit dans ce milieu très fermé qu’est le Tribunal et Andrew Cayley avait été menacé d être  poursuivi pour outrage à magistrat.

Le juge Blunk, lui, avait finalement démissionné, dénonçant à son tour les ingérences du gouvernement dans ce dossier.

 

Human Rights Watch  dénonce une « manœuvre»  du pouvoir

 

Avec la grève du personnel cambodgien, la survie du Tribunal est une fois de plus à l’ordre du jour. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a tiré la sonnette d’alarme auprès de la communauté internationale pour trouver les 3 millions de dollars permettant de sortir de l’impasse jusqu’à la fin de l’année.

Le Tribunal fonctionne d’une part grâce à des contributions volontaires de pays donateurs et d’autre part de manière bicéphale, avec une partie internationale et l’autre nationale, chacune ayant son propre budget.
Ce mode de fonctionnement, inédit pour un Tribunal international chargé de juger les crimes de guerre a, depuis sa mise en place, montré ses limites.
Accusé de corruption,  la partie cambodgienne a en outre souvent été confrontée à des problèmes financiers. A plusieurs reprises, les salaires du personnel ont été versés avec retard. Cette année encore, le personnel est en grève pour la deuxième fois pour ces mêmes raisons.

Les bailleurs de fonds, eux,  rechignent de plus en plus à soutenir la partie cambodgienne, en raison des pressions politiques constantes exercées par le gouvernement dans les dossiers.
La semaine dernière, l’Australie et le Japon, les plus gros donateurs, ont ainsi refusé de mettre la main à la poche pour pallier au manquement du pouvoir et régler ces retards de salaires.

Jeudi dernier David Scheffer, le représentant de l’ONU au Tribunal a, dans un communiqué, pressé « une nouvelle fois le gouvernement cambodgien de satisfaire à ses obligations afin d’éviter  de telles crises ». Sans résultat  pour l’instant.

L’ONG américaine Human Right Watch estime, elle, que le problème des salaires des employés est la dernière « manœuvre dilatoire » concoctée par le gouvernement cambodgien dirigé par d’anciens Khmers rouges. « Depuis des années,  le premier ministre Hun Sen bloque les procès des anciens Khmers rouges, mais les donateurs continuent  de subventionner une Cour gravement compromise.  Ils devraient dénoncer ce coup de bluff et couper toute subvention jusqu’à ce que le gouvernement s’acquitte de ses engagements»,  lance Brad Adams, responsable de l’ONG pour l’Asie.

 

Krystel Maurice