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Nuon Chea admet sa responsabilité dans les crimes commis par le régime khmer rouge

Nuon Chea

Nuon Chea, l’idéologue du régime des Khmers rouges jugé pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a admis pour la première fois jeudi sa responsabilité dans les crimes commis par le régime de Pol Pot entre 1975 et 1979. Deux millions de Cambodgiens, soit un quart de la population,  ont trouvé la mort durant ces quatre années de terreur.

«Je ne cherche pas à fuir mes responsabilités», a-t-il déclaré au cours de son procès devant le tribunal international de Phnom Penh, «En tant que dirigeant, je dois assumer ma responsabilité dans le préjudice causé à mon pays, le danger auquel il a été exposé», a-t-il ajouté, exprimant «ses plus profondes condoléances» aux témoins qui ont déposé et qui ont perdu des proches durant cette période.

C’est la première fois que Nuon Chea reconnait avoir une responsabilité, lui qui jusqu’ici avait toujours déclaré qu’il n’était pas au courant de ce qui s’était passé. Il s’est cependant empressé de minimiser son rôle, expliquant qu’en tant que responsable de la propagande et de l’éducation, il n’était pas informé de tout.

«Sur le plan de l’exécution (des desseins de Pol Pot), je n’avais aucun pouvoir. Et donc s’agissant de ce qui s’est passé sous les Khmers rouges, il y a des choses que je savais, et d’autres que j’ignorais», a-t-il assuré.Il a ajouté un peu plus tard: «J’éprouve du remords pour les crimes commis intentionnellement ou non intentionnellement, que j’en aie eu connaissance ou non».

«C’est une bonne chose. Il accepte sa responsabilité», s’est félicité Bou Meng, 72 ans, un des rares détenus à être sortis de la prison de Tuol Sleng à Phnom Penh. «Je suis très content. Finalement, il admet les massacres et son erreur». Chum Mey, 83 ans, lui aussi emprisonné à S-21, a estimé que ces déclarations apaisaient sa colère contre les accusés. «Il revient maintenant au tribunal de se prononcer sur sa culpabilité».

Khieu Samphan se dit moins responsable que Hun Sen

Khieu Samphan

Khieu Samphan

 

Lundi, l’ancien chef de l’Etat, Khieu Samphan, a maintenu qu’il ignorait tout «des grandes souffrances» des Cambodgiens, allant jusqu’à «condamner fermement les actes odieux» perpétrés par le régime des Khmers rouges et souhaité que «leurs auteurs (soient traduits) en justice». « Je ne suis pas le Khmer rouge et ne peux endosser la responsabilité de ces accusations. Laisser moi vous donner un exemple. Dans le cas de Hun Sen, sera-t-il tenu pour responsable des actes commis par les Khmers rouges ? Mon cas est encore plus éloigné de cela que le cas de Hun Sen ».

Ce n’est pas la première fois que le nom de l’actuel Premier ministre qui dirigeait une unité dans la zone Est avant de fuir au Vietnam est prononcé devant la Cour. Pas plus que les liens entre son parti, le PPC, et les Khmers rouges, qui ont aussi été à plusieurs reprises évoqués.

Mais cette déclaration solennelle, prononcé debout devant le Tribunal et les 300 personnes qui assistaient à l’audience, pose question. Tout autant que les raisons pour lesquelles Nuon Chea se reconnait pour la première fois une responsabilité dans les crimes du régime.

Khieu Samphan, lui, a maintenu sa stratégie de défense, il ne savait rien de ces crimes et de ces privations, a t-il répété,  car il avait passé ces années là dans des bureaux à Phnom Penh. « Je n’avais aucun pouvoir » a-t-il déclaré face aux quatre victimes, qui, hier, racontaient leurs terribles souffrances devant la Cour et auxquelles il a exprimé sa «sympathie ».

 

Krystel Maurice