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Procès des Khmers rouges: la course au temps

Les appels se sont multipliés vendredi en faveur d’une reprise rapide des audiences du tribunal pour les Khmers rouges à Phnom Penh, après le décès de Ieng Sary, l’un des trois accusés qui a souligné combien la juridiction luttait contre le temps et était guettée par un échec qui serait dramatique.

Ieng Sary, 87 ans, était jugé pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’Humanité. Sa disparition jeudi a rappelé que la cour, créée en 2006, n’avait prononcé qu’un seul verdict – une perpétuité pour Duch, patron de la prison de Phnom Penh sous le régime de Pol Pot. Elle confirme aussi qu’il ne lui reste sans doute pas très longtemps pour en rendre un deuxième.

Désormais, seuls l’ex-chef de l’Etat Khieu Samphan, 81 ans, et le «frère numéro deux» et idéologue du régime, Nuon Chea, 86 ans sont jugés.

Le rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’Homme au Cambodge, Surya Subedi, a lancé un appel à l’ONU, à la cour, au gouvernement et aux bailleurs pour qu’ensemble ils «réitèrent leurs engagements» à accélérer le procès. «Nous le devons aux survivants des Khmers rouges, aux familles des victimes et à toute la société cambodgienne qui continue de souffrir».

Un appel d’autant plus pressant que le tribunal est au point mort. Il est paralysé depuis deux semaines par une grève des traducteurs, alors que les 270 employés cambodgiens de la cour n’ont pas été payés depuis novembre.

En toile de fond, un bras de fer financier entre bailleurs et régime de Phnom Penh pour savoir qui rallongera sa contribution. «Plus que jamais, il est urgent que chaque partie (…) assume ses responsabilités pour que le procès des autres accusés se poursuive d’une manière juste, efficace et rapide», ont réclamé les ambassades de France et du Japon dans un communiqué commun.

Les victimes, elles, perdent chaque jour un peu plus espoir d’entendre des réponses à leurs questions sur ces quelque deux millions de personnes mortes d’épuisement, de faim, sous la torture ou dans des exécutions sommaires, entre 1975 et 1979. Outre les deux vieillards dans le box, deux enquêtes supplémentaires ont été ouvertes en 2009. Mais elles n’avancent pas: Hun Sen n’a jamais caché qu’il ne les laisserait pas prospérer.

«Les Cambodgiens font face à la possibilité que seulement trois personnes seront tenus légalement responsables de la destruction de leur pays», a constaté Brad Adams, patron en Asie de Human Rights Watch pour qui «la mort de Ieng Sary montre l’échec du tribunal».

Un échec qu’il impute au Premier ministre Hun Sen, lui-même un ancien cadre khmer rouge qui avait fait défection et a «tout fait pour plonger le travail du tribunal dans l’impasse», a insisté Adams. L’homme fort du pays «porte la responsabilité primaire du déni de justice».

(AFP)