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Procès des Khmers rouges: Ieng Sary est mort

Ieng Sary était l’un des quatre coaccusés actuellement jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’Humanité devant le tribunal de Phnom Penh parrainé par les Nations unies. Hospitalisé depuis le 4 mars il souffrait notamment de problèmes intestinaux. Dans un bref communiqué les Chambres extraordinaires des tribunaux cambodgiens ont précisé que les causes exactes de sa mort seraient rendues publiques par le bureau des co-procureurs. a déclaré un porte-parole du tribunal, Lars Olsen.

« Les coprocureurs vont établir les causes de sa mort avant de le rendre à sa famille », a déclaré un porte-parole du tribunal, Lars Olsen, estimant qu’il était « regrettable » que la justice n’ait pu s’exprimer sur son cas avant son décès.

Ses funérailles devraient se dérouler au cours des prochains jours à Malai, près de la frontière thaïlandaise, au cœur du fief des Khmers rouges.

Deux seuls accusés

Arrêté le 12 novembre 2007, l’ancien ministre des affaires étrangère du régime khmer rouge, était accusé de crimes contre l’humanité, génocide et violations graves des conventions de Genève de 1949. Deux autres hauts responsables du régime doivent aujourd’hui répondre des mêmes chefs d’accusation: Khieu Samphan, 81 ans, ancien chef de l’état et le « Frère numéro deux » Nuon Chea, 86 ans, considéré comme l’idéologue du parti.
Ieng Thirith, l’épouse de Ieng Sary à l’époque ministre des affaires sociales.était inculpée pour les mêmes motifs. Mais elle a été déclarée inapte à être jugée l’an dernier. Elle souffre de démence, probablement de la maladie d’Alzheimer et a été remise en liberté.

Près de 2 millions de personnes ont trouvé la mort durant les quatre ans du régime de Pol Pot, de 1975 à 1979.

Les accusés ont plaidé non coupables et nient tous les faits qui leur reprochés. Ils sont passibles de la prison à vie, le Cambodge ayant renoncé à la peine de mort. Le décès de Ieng Sary accentuera sans doute les craintes que les accusés ne meurent avant de répondre de leurs actes. Hospitalisé à plusieurs reprises, la santé de Nuon Chea est elle aussi très chancelante et seul Khieu Samphan est aujourd’hui en bonne forme physique. C’est d’ailleurs  pour cette raison que le procès a été divisé en plusieurs dossiers, l’urgence étant d’accélérer les procédures.

Mais plus de trente ans après les faits, Ieng Sary, tout comme son épouse « C’est un coup dur pour le tribunal.  Sa mort avant la conclusion du procès laissera les Cambodgiens dans une frustration sur la cour, et sur les chances d’établir les responsabilités dans les crimes des Khmers rouges » explique Heather Ryan, de l’organisation Open Society Justice Initiative.

Le seul procès achevé à ce jour est celui de Duch, alias Kaing Guek Eav. Il dirigeait alors la prison S-21 dans laquelle plus de 14 000 personnes ont été exécutées. Il a été condamné à 35 ans de prison en juillet 2010 après avoir été reconnu coupable de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Outre les innombrables critiques sur sa lenteur et les pressions politiques dont il fait l’objet de la part du gouvernement cambodgien, le tribunal fait face depuis quelques semaines à une crise financière sans précédent, qui menace jusqu’à son existence. Des traducteurs sont en grève depuis dix jours pour protester contre le fait que 270 employés cambodgiens – des magistrats aux chauffeurs – travaillent sans contrat depuis janvier et ne sont plus payés depuis trois mois. Les audiences ont été suspendues sine die.

 

Krystel Maurice