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Le moine Luon Sovath et plusieurs membres d’un groupe «terroriste» accusés de trahison

Le vénérable Luon Sovath, lauréat en 2012 du prix Martin Ennals Awards, l’équivalent pour les droits de l’homme de ce qu’est le prix Nobel de la paix, est accusé d’incitation à la trahison par le tribunal de Phnom Penh qui l’a convoqué le 25 novembre.

Plusieurs autres membres d’un mouvement baptisé le Mouvement pour le pouvoir du peuple khmer, également accusés des mêmes charges, sont convoqués le même jour.
Présidé par Sour Sirey Rata, ce mouvement, basé aux Etats Unis et qui figure sur la liste des groupes terroristes du gouvernement cambodgien, ne compterait qu’un petit millier de membres. Sourn Serey Ratha a fait savoir depuis plusieurs semaines qu’il ne se rendrait pas à cette convocation considérant que le pouvoir était trop corrompu pour que justice soit rendue.

Le procureur accuse les membres de ce mouvement d’avoir fomenter un complot contre l’état lors des élections
de l’an dernier en distribuant, d’une part des T-shirt appelant à ne pas se rendre aux urnes, d’autre part en incitant la population à offrir des fleurs aux membres des forces de sécurité. Sur le modèle des printemps arabes, ce mouvement aurait ainsi cherché à renverser le pouvoir en incitant les militaires à organiser un coup d’état contre le Premier ministre Hun Sen. Des autocollants devaient accompagner cette distribution de fleurs sur lesquels ce message devait être inscrit:« Tournez vos fusils contre le despote et sacrifiez vos vies pour protéger le peuple qui a le même sang khmer que les soldats ». La police était rapidement intervenue pour faire capoter ces projets.

 

“La décision de la cour de m’inculper est politique”

 

Le vénérable Luon Sovath, dont les combats en faveur des villageois expulsés de leurs terres lui ont valu moult tracasseries de la part des autorités et de la hiérarchie bouddhiste, se retrouve aujourd’hui assez curieusement mêlé à cette affaire.
Il lui est notamment reproché d’avoir rencontré Sourn Serey Ratha en 2011 aux Etats Unis, ce que le moine ne nie d’ailleurs pas. Mais il rejette toute implication avec le mouvement dont il dit ne pas partager les idées. Sourn Serey Ratha confirme d’ailleurs que le moine n’avait rien à voir avec ces projets de distribution de fleurs et T-shirt. Mais il dit lui avoir versé 30 000 dollars pour l’aider dans son combat contre les expulsions de terre. « Faux, je n’ai jamais reçu d’argent de sa part, pas même trois cents ». « La décision de la cour de m’inculper est politique. Elle a pris ses ordres auprès du gouvernement », rétorque le vénérable qui déplore que sa réputation soit ainsi salie.
Sa convocation devant un tribunal civil est pour le moins inhabituelle dans un pays bouddhiste où les moines sont généralement jugés par leur hiérarchie, d’autant qu’en dépit de plusieurs menaces des autorités religieuses, il n’a, à ce jour, toujours pas été défroqué.

Le 25 novembre, le vénérable sera assisté à l’audience par la Licadho et le CLEC.

 

 

Krystel Maurice