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Prison à perpétuité pour Duch, le tortionnaire de S-21

Le tribunal chargé de juger les anciens responsables Khmers rouges a rejeté vendredi l’appel de Duch, chef de la prison S-21 et a alourdit sa peine en le condamnant à la prison à perpétuité.
« Les crimes de Kaing Guek Eav ont compté indubitablement parmi les pires jamais enregistrés dans l’Histoire. Ils méritent la peine la plus élevée possible », a déclaré Kong Srim, président de la cour, au cours d’une lecture d’une heure trente. La prison de Tuol Sleng, a-t-il ajouté, était une « usine de mort ».

Responsable de la mort d’au moins 12 272  personnes détenues, torturées et exécutées dans la prison qu’il dirigeait de 1976 à 1979, l’ancien professeur de mathématiques avait été condamné à 35 ans de prison en juillet 2010. Cette peine avait été ramenée à 30 ans, sa détention durant cinq ans dans une prison militaire ayant été jugée illégale. Compte tenu des onze ans qu’il avait déjà passé en prison, il ne lui restait donc que 19 ans de prison à effectuer.

Une peine qui avait soulevé de vives protestations de la part des familles de victimes et de la poignée de survivants revenus de l’enfer de S-21. Tous espéraient qu’il écoperait de la prison à vie.
Les procureurs avaient aussitôt fait appel de ce jugement, protestant contre une peine qu’ils trouvaient trop clémente.
Âgé aujourd’hui de 69 ans, Duch, avait aussitôt fait appel de ce jugement et réclamé sa remise en liberté, au motif qu’il n’occupait pas un poste de commandement au sein du pouvoir khmer rouge, et donc que son cas n’entrait pas dans le champ des compétences de ce tribunal soutenu par l’ONU.

A l’annonce du verdict de ce vendredi, Duch, fidèle a lui-même, est resté de marbre, se contentant de saluer la cour n’a manifesté aucune émotion.

 Bouc émissaire?
Dans une salle d’audience pleine à craquer, le public avait bien du mal à contenir sa satisfaction. A l’extérieur, ils étaient nombreux  à laisser éclater leur joie, retrouvant disaient-il, un peu de confiance en ce tribunal qui les avait si souvent déçu.

Mais d’autres, comme Theary Seng, qui dirige l’Association des victimes des Khmers Rouges se montraient beaucoup plus réservés, redoutant que cet alourdissement de peine ne cache une stratégie moins avouable, faire de  Duch un bouc-émissaire, et le rendre seul responsable de tous les crimes commis durant le régime des khmers rouges.

Le jugement prononcé aujourd’hui est en effet le premier verdict définitif du tribunal parrainé par l’ONU. Mais les autres procès s’annoncent mal. Trois autres accusés sont actuellement entendus. Les procédures s’annoncent interminables et ces dirigeants sont âgées et en mauvais état de santé.
Quant à l’arrestation de nouveaux suspects, rien n’est moins certain. Le pouvoir cambodgien qui y est farouchement opposé l’a fait clairement savoir. Il y a quelques jours, le Conseil suprême de la magistrature du Cambodge s’ est en outre officiellement refusé à nommer le juge suisse Laurent Kasper-Ansermet qui devrait être chargé de ces dossiers. L’ONU estime que ce refus constitue une violation  des accords qui ont été conclus avec le gouvernement en 2003.  A l’avenir, c’est en tout cas  la capacité d’investigation de ce juge international qui risque de s’en trouver entravée.

 

Krystel Maurice

 

Dans l’attente du texte intégral du verdict, un  résumé de l’arrêt de la Cour suprême est disponible ici sur le site internet officiel des CETC.