En continu

Tempête sur le Tribunal Khmers rouges

Dans un communiqué publié vendredi 20 janvier, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon,  s’est dit « très préoccupé » par l’opposition du Cambodge à la nomination  du co-juge d’instruction suisse Laurent Kasper-Ansermet au sein du tribunal chargé de juger les responsables Khmers rouges.

Laurent Kasper-Ansermet qui est juge de réserve au tribunal, doit remplacer le juge allemand Siegfried Blunk. Ce dernier avait claqué la porte du tribunal parrainé par l’ONU en octobre 2011 dénonçant les pressions du gouvernement cambodgien à l’encontre de deux dossiers en cours d’instruction.

Ce dernier avait claqué la porte du tribunal parrainé par l’ONU en octobre 2011 dénonçant les pressions du gouvernement cambodgien à l’encontre de deux dossiers en cours d’instruction.

Les statuts du tribunal stipulent « sans équivoque qu’en cas de vacance ou de nécessité de pourvoir le poste du co-juge d’instruction international, la personne nommée pour le pourvoir doit être le co-juge d’instruction international de réserve », souligne l’ONU dans son communiqué.
Mais le Conseil supérieur de la magistrature du Cambodge s’y est officiellement refusé la semaine dernière.

« Cette décision constitue une violation de l’article 5, paragraphe 6 de l’accord conclu à Phnom Penh le 6 juin 2003 entre l’Organisation des Nations Unies et le Gouvernement royal cambodgien concernant la poursuite des auteurs des crimes commis pendant la période du Kampuchéa démocratique » dénonce l’ONU vendredi dans son communiqué.

Bras de fer politique

Le fond de l’affaire est en réalité très politique. Le juge allemand Siegfried Blunk, démissionnaire, enquêtait sur deux dossiers, baptisés cas n°3 et cas N°4. Ces investigations concernaient cinq nouveaux suspects, qui seraient responsables de la mort de nombreux cambodgiens durant le régime des Khmers rouges.

Bien que leurs noms n’aient pas été officiellement révélés, il s’agirait de Meas Muth, commandant dans la marine sous le régime Khmer rouge  et Sou Met, commandant des forces aériennes pour le dossier N°3. Le dossier N°4 concernerait trois responsables régionaux khmers rouges – Aom An, Yim Tith et Im Chem – soupçonnés d’avoir commis des crimes de génocide et des crimes contre l’humanité.

Au fil des mois, les critiques à l’encontre du juge Blunk qui avait clos le dossier sans même avoir entendu les suspects, ni investigué sur les lieux des crimes, s’étaient multipliés. On lui reprochait en fait d’avoir cédé aux injonctions du pouvoir cambodgien, lequel n’a de cesse de répéter son opposition à de nouvelles inculpations de responsables khmers rouges.
Le juge avait fini par jeter l’éponge en avril 2011, évoquant les pressions du gouvernement qui risquaient de continuer de faire peser des soupçons sur son indépendance.

Le juge suisse Laurent Kasper-Ansermet, qui a réaffirmé à plusieurs reprises son intention de poursuivre les investigations dans ces deux dossiers, devrait  donc lui succéder.

Dans son communiqué rendu publique vendredi, l’ONU précise que « le gouvernement cambodgien a exprimé, en novembre 2011, des préoccupations d’ordre déontologique concernant le juge Kasper-Ansermet. » « Les Nations Unies, après un examen approfondi des questions soulevées, ont conclu qu’elles n’étaient pas fondées et demandé au Conseil suprême de la magistrature de procéder à la nomination de ce juge. Les Nations Unies continuent de soutenir le juge Kasper-Ansermet. »

Connu pour son franc- parlé, Laurent Kasper-Ansermet n’entend visiblement pas enterrer ces dossiers et l’a fait clairement savoir: « Ma détermination reconnue d’instruire les dossiers 003 et 004 expliquerait-elle l’opposition de certains à ma nomination officielle ?» lançait il sur son compte Twitter le 15 janvier. Dans un pays où la justice est au service du pouvoir, cette liberté de ton est pour le moins dérangeante.

Krystel Maurice