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Cambodge: l’accord signé entre les deux partis fait grincer des dents

L’autorisation d’exploitation d’une télévision accordée à Cambodian Independant Media, une société proche de l’opposition.

 
Une fois de plus les militants de l’opposition ont du mal à avaler la pilule après l’accord passé vendredi entre le Parti du sauvetage national du Cambodge et le Parti du peuple cambodgien au pouvoir. Au point de voir la députée Mu Sochua monter au créneau pour tenter de les convaincre par courriel que le Parti n’a pas fait de « concession majeure » sur la réforme éléctorale, « contrairement à ce qu’affirment les medias ».

Le 28 novembre, à l’issue d’une rencontre à huis-clos entre Hun Sen, Sam Rainsy et des représentants de chacun des partis, un communiqué commun annonçait que les membres de la future Commission nationale électorale (NEC) ne pourraient détenir d’autres nationalités que la nationalité cambodgienne.

Rappelons que cette commission sera composée de quatre représentants de chaque parti et d’une personnalité indépendante.

Or, l’opposition avait poussé la candidature de Pung Chhiv Kek, présidente de l’association des droits de l’homme Licadho, une candidature acceptée dans un premier temps par le parti au pouvoir. Mais celui-ci s’est ravisé et a ressorti de ses placards cette disposition sur les binationaux qu’il avait déjà tenté d’utiliser par le passé.

En cédant sur ce point, l’opposition sacrifiait ainsi Pung Chhiv Kek sur l’autel de ses priorités puisque la présidente de la Licadho est détentrice de trois passeports, cambodgien, français et canadien.

En échange de cette concession, l’opposition s’est vue accorder l’autorisation d’exploiter une chaine de télévision analogique à Phnom Penh et des stations de radios en province. Une autorisation qu’elle réclamait depuis des mois, les chaines cambodgiennes étant toutes sous contrôle du pouvoir. La licence d’exploitation devrait être attribuée à une société privée proche du Parti, baptisée Cambodian Independent Media Co., Ltd.

Cette chaine sera « réellement indépendante » et diffusera des programmes respectant l’éthique professionnelle, sur le modèle d’autres télévisions étrangères tel que la BBC ou de CNN, affirme Yim Sovann, le porte-parole du Parti du sauvetage national du Cambodge. Aucune date de lancement n’est arrêtée et les investisseurs privés restent à trouver.

A noter cependant que cette télévision utilisera le système analogique au moment où d’autres chaînes cambodgiennes, y compris la télévision nationale cambodgienne, s’apprêtent à passer au numérique.

 

Sam Rainsy, chef de la minorité parlementaire

 

L’opposition se félicite aussi de cet accord qui prévoit que Sam Rainsy sera officiellement reconnu comme le dirigeant de la minorité parlementaire. Son rang sera« égal » à celui du Premier ministre, précise le communiqué commun. Pour l’heure, on voit mal ce que ce titre recouvre précisément et quels avantages l’opposition en tirera. Et si le parti se déclare satisfait, les esprits chagrins rappellent aussi le sort du Funcipec, dont le chef de file, le Prince Norodom Ranariddh, avait été contraint à la démission en 97 bien qu’investi du titre de co-Premier ministre.

 

Krystel Maurice