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De fortes variations climatiques auraient contribué au déclin d’Angkor

De fortes inondations auraient gravement endommagé les canaux et les réservoirs qui permettaient à la population de s’approvisionner en eau. Ci-dessus le réservoir de Sra Srang ©Krystel Maurice

Sécheresses et inondations pourraient être à l’origine du déclin de la cité d’Angkor, selon une  nouvelle étude publiée cette semaine par deux chercheurs américains, Brendan Buckley et Daniel Penny, dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America. Selon ces chercheurs, le complexe d’Angkor aurait été soumis à de fortes variations climatiques qui auraient fragilisé les infrastructures au point de ne plus pouvoir être utilisées par la population.

L’absence de documents écrits après le 13ème siècle a engendré un vide historique et une série d’affirmations contradictoires  quant aux raisons de la chute d’Angkor ou au rythme de ce déclin. « A de rares exceptions près, les historiens et les archéologues ont rarement pris en considération l’influence du climat  et de l’environnement  sur l’histoire d’Angkor », écrit Brendan Buckley dans cette étude.

Des cyprès de 1000 ans

Les chercheurs fondent leurs hypothèses sur l’examen de cyprès âgés de 1000 ans, découverts aux Vietnam.
L’analyse des anneaux de croissances de ces arbres a permis de découvrir que deux sécheresses majeures avaient sévit sur la région, l’une au milieu du 14ème siècle, et l’autre au début du 15ème siècle, coïncidents avec le début du déclin de la cité d’Angkor.
Ces longues périodes de sécheresses,  durant plusieurs décennies,  ont été suivies de pluies de mousson d’une intensité inhabituelle provoquant de fortes inondations. Ces inondations ont pu gravement endommager les systèmes de canaux et de réservoirs qui permettaient à la population de s’approvisionner en eau.

La découverte des chercheurs américains est un peu le fruit du hasard. L’équipe travaillait en réalité sur un projet plus global portant sur la sécheresse en Asie durant le moyen-âge. Et c’est seulement lorsqu’il a  pu dater ces anneaux de croissance que Buckley a fait un rapprochement avec le déclin d’Angkor.

Très prudemment les chercheurs américains avancent aussi l’idée que les Khmers auraient pu être en quelque sorte victimes de leurs propres prouesses technologiques, la rigidité de leur système hydraulique étant  tel qu’ils se seraient trouvés dans l’incapacité de l’adapter rapidement aux brusques changements climatiques.

A Siem Reap le Greater Angkor Project (GAP), un projet qui regroupe l’Université de Sydney, l’École française d’Extrême Orient et Apsara, note que cette découverte renforce encore un peu plus la thèse de l’archéologue français Bernard-Philippe Groslier. Aujourd’hui décédé, Groslier avait soutenu en 1979 que le système de canaux et de réservoirs d’Angkor n’avaient pas été édifié uniquement pour des raisons religieuses mais faisaient partie intégrante d’une « cité hydraulique ».

En 2007, au terme d’un travail de sept années, les chercheurs du GAP avait  dressé la carte du site d’Angkor, révélant un vaste territoire urbanisé de trois mille kilomètres carrés sur lequel s’étalaient des habitations, des cultures mais surtout un complexe réseau d’irrigation occupant à lui seul un millier de kilomètres carrés. Pour établir cette carte, les archéologues avaient eu recours à des moyens aériens et spatiaux. Une reproduction de cette carte est aujourd’hui exposée au musée national de Phnom Penh.

Le travail de  Buckley et Penny  est une « nouvelle pièce du puzzle »  qui nous montre que les raisons du déclin d’Angkor sont plus  complexes que les théories anciennes qui avaient été avancées, commente Dougald O’Reilly, directeur adjoint du Gap. Longtemps, on a en effet attribué la chute de la cité au conflit avec le royaume d’Ayutthaya, (aujourd’hui en Thaïlande).