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Le gouvernement interdit la projection d’un documentaire sur l’assassinat de Chea Vichea ?

L'affiche de “Qui a tué Chea Vichea? sous titrée "Un documentaire tiré d’une histoire fausse. Au Cambodge, si vous savez des choses, vous pouvez mourir “.

En ce 1er mai 2010, le cortège rassemblait quelques trois cent sympathisants qui avaient répondu à l’appel de Rong Chhun, le président de la Confédération Syndicale Cambodgienne (CCU). Deux députés de l’opposition, Mu Sochua et Son Chhay, s’étaient joints aux manifestants.

Lorsqu’ils sont arrivés vers 17h près du Wat Lanka, à l’endroit où le syndicaliste Chea Vichea avait été abattu le 22 janvier 2004, des dizaines de policiers les attendaient. A deux reprises, ils ont tenté de déployer un drap blanc qui devait faire office d’écran de projection. Les syndicalistes avaient décidé de projeter le documentaire « Qui a tué Chea Vichea ? » du réalisateur américain Bradley Cox.

A la suite d’un travail d’enquête de cinq années sur cette affaire, le cinéaste pointe du doigt les multiples incohérences, pressions politiques et irrégularités judiciaires qui ont abouti à l’arrestation de deux lampistes, condamnés à 20 ans de prison.

A la surprise générale, la Cour suprême avait ordonné leur remise en liberté provisoire en décembre 2008 pour manque de preuves.
Mais depuis, l’enquête, officiellement rouverte en août 2009, piétine. Les charges qui pèsent contre les deux accusés n’ont toujours pas été levées et les assassins de Chea Vichea courent toujours. Chea Mony, le frère du syndicaliste assassiné se dit, lui, convaincu que le gouvernement est impliqué dans la mort de son frère.

Ce 1er mai 2010, les syndicalistes rassemblés près du Wat Lanka n’ont pas le temps d’installer leur matériel de projection. Une brève échauffourée éclate, les policiers confisquent le matériel.
« Si vous avez l’autorisation de la municipalité de montrer ce film, je vous permets de le faire. Sans cela, je ne le permettrais pas », a déclaré le gouverneur adjoint Chor Kimsor qui se trouvait su place. «  Si vous respectez la loi et la démocratie, vous devez placer la loi au dessus de tout ».

Le  gouvernement s’empêtre dans ses tentatives de justification

Encore faudrait-il savoir précisément de quelle loi il s’agit. Car depuis quelques jours pas moins de quatre arguments différents ont été avancés par les autorités pour tenter de justifier l’interdiction de diffuser ce film.

Lorsque les organisateurs de la manifestation avaient fait connaitre leur intention, le ministre de l’Information Khieu Kaharith avait déclaré que le gouvernement n’avait aucune « objection politique » à cette projection.
Mais il avait ajouté  qu’une autorisation de la municipalité était nécessaire dans la mesure où la projection était publique.
Les autorités municipales, elles, ont renvoyé la balle, en  exigeant des organisateurs qu’ils obtiennent « l’approbation des différents ministères concernés », laquelle n’est jamais accordée.
Le porte-parole du ministère de l’Intérieur a quant a lui affirmé que ce film avait été « importé illégalement ».
Enfin le ministère de la Culture et des Beaux Arts a spécifié que tous les films diffusés au Cambodge devaient préalablement recevoir son approbation.

S’il est vrai que le ministère de la Culture  joue le rôle d’une commission de contrôle, il n’en demeure pas moins que, dans la pratique, les organisateurs de manifestations n’ont pas pour habitude de solliciter des autorisations pour une projection publique. « Le gouvernement sait parfaitement que la diffusion de ce documentaire est une manière de protester contre sa gestion du dossier Chea Vichea », estime Ou Virak, président du Centre cambodgien pour les droits de l’homme. Les arguments du ministère de la culture sont « vraiment bidon », ajoute-il.

Bradley Cox, le réalisateur du documentaire fait part de ses doutes quant aux arguments du gouvernement. « Les raisons avancées pour justifier l’interdiction de projeter le film ne cessent de varier. Il me semble que le ministère de la Culture n’est rien d’autre que l’instrument du gouvernement chargé de censurer toutes formes de critiques à l’égard de l’élite dirigeante. »

Le parti de Sam Rainsy, lui, a annoncé  mercredi son intention de projeter le film dans ses locaux, à une date qui n’a pas été précisée. « Si le gouvernement empêche notre projection, cela signifie qu’il n’ose pas être confronté à la réalité, a déclaré Yim Sovan, le porte-parole du parti avant de poser la question qui taraude les esprits« Quel est le lien entre le gouvernement et ce meurtre

 

Krystel Maurice