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Un poisson-chat géant du Mékong se prend dans les filets d’un pêcheur

Ce poisson-chat de 220 kg n'a pu être sauvé.

A Phnom Penh, un pêcheur a découvert un poisson-chat géant pris dans ses filets Il a alors appelé l’administration en charge de la pêche qui n’a envoyé ses experts sur les lieux que le lendemain matin. A leur arrivée, ce bel animal de 220 kg était mort.

Rappelons que le 9 novembre, le Cambodge célèbre la fête de  l’Indépendance. Si la version du pêcheur est sincère, il y a fort à parier que ce jour férié soit à l’origine du peu d’empressement des autorités.

Une situation regrettable compte tenu de la raréfaction de cette espèce, classée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature en danger critique d’extinction depuis 2003.

Le poisson-chat géant du Mékong (Pangasianodon gigas), appelé Royal fish au Cambodge, est  le plus grand poisson d’eau douce au monde. Il peut mesure plus de trois mètres de long et peser plus de 300 kilos.

L’espèce, mal connue, ne vit plus que dans la partie inférieure du Mékong. Mais il s’y fait de plus en plus rare et bien qu’aucune étude ne soit en mesure d’avancer des chiffres précis, on estime généralement que le nombre d’individus a chuté de quelque 80% au cours des deux dernières décades. Les scientifiques estiment ainsi qu’il ne resterait plus aujourd’hui qu’un peu moins de 150 poissons-chats géants en âge de se reproduire.

Une seule frayère située au nord de la nord de la Thaïlande

Ce poisson, vénéré dans toute l’Asie du sud-est et particulièrement en Thaïlande, migre sur de très longues distances en remontant le cours du fleuve durant la saison sèche.
Au Cambodge, il est identifié de manière certaine dans les eaux du Tonle Sap, à hauteur de Phnom Penh.
Il pourrait ensuite remonter jusqu’au Laos, bien qu’a l’heure actuelle, aucune donnée fiable ne permette d’affirmer qu’il est en mesure de franchir les chutes de Kohne, un ensemble de rapides à très fort débit situé sur le Mékong, non loin de la frontière entre les deux pays.

La période de  fraye se situe au début de la saison des pluies. A ce jour, la seule frayère identifiée avec certitude depuis des temps anciens est celle située au nord de la Thaïlande, à proximité de Chiang Kong (province de Chiang Rai).
Ici ce poisson, appelé Plaa Buek, fait depuis toujours partie intégrante de la culture. Jusqu’en 2006, de gigantesques pêches y étaient organisées en avril ou mai. Dans cet article, Boonrien Jinaraj, qui a fondé il y a 30 ans le Club de poisson-chat géant de Chiang Kong, déclare qu’il a capturé au moins une centaine de poissons au cours des cinquante dernières années.

Le poisson était alors consommé sur place. Mais au fil des années, avec la construction des routes, la population locale a commencé de le vendre. De plus en plus apprécié en ville, son prix n’a cessé de grimper pouvant atteindre jusqu’à 3000 dollars, beaucoup plus que le salaire moyen annuel.

En quelques années seulement, cette surpêche, conjuguée  à la dégradation de la qualité de l’eau du Mékong et au développement des barrages à l’amont ont été fatale à l’espèce. Ainsi en 1990, 33 poissons chat-géants ont été pêchés à Chiang Kong. Dix ans plus tard, en 2000, aucune prise n’y était réalisée.

Les associations locales de protection de l’environnement, menèrent alors campagne auprès des populations et du club de pêche pour qu’il soit mis fin à ces pratiques. Ce fut un long combat, explique le fondateur du Club, car les 68 familles du Club considéraient que ces pratiques appartenaient à leur culture tout en leur apportant des revenus substantiels.
En 2006, après deux longues années de négociations,  ils acceptaient enfin de remiser leurs filets. Depuis la pêche a été remplacée par le festival annuel du poisson-chat organisé durant le nouvel an bouddhiste.

Désormais, en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam sa pêche est interdite. Au Laos, l’espèce n’est cependant pas spécifiquement protégée par la législation.

 

Krystel Maurice