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L’écologiste Chut Wutty assassiné pour avoir combattu la déforestation

Au Cambodge, il était l’une des voix les plus virulentes à dénoncer la déforestation et l’appropriation des terres par des compagnies privées opérant grâce à la complicité des militaires.

Chut Wutty, directeur de Natural Resource Protection Group, a été tué par balles mercredi 25 avril alors qu’il accompagnait deux journalistes du quotidien anglophone Cambodia Daily, dans des forêts de la région de Koh Kong.

La police l’a interpellé alors qu’il prenait des photos dans un secteur où de nombreux arbres venaient d’être abattus illégalement. Ce qui s’est passé ensuite reste confus. Il semble que l’un des policiers ait tenté de récupérer la carte mémoire de l’appareil photo et qu’une altercation s’en soit suivie.

Alors que Chut Wutty tentait de remonter à bord de sa voiture, les policiers auraient alors ouvert le feu avec un AK 47, le blessant au genou, puis mortellement à l’estomac. L’un des policiers aurait également été tué, atteint par une balle qui aurait ricoché.
Les deux journalistes ont été arrêtés, a confirmé le rédacteur de chef du Cambodian Daily.

Les cartels du trafic de bois

Au Cambodge, des milliers d’hectares de forêts disparaissent chaque année, notamment dans des réserves sensées être protégées. Depuis des mois, les forêts des Cardamomes, riches en bois précieux comme le palissandre, font ainsi l’objet de coupes massives. Des abatages opérés en toute illégalité, souvent sous la protection de militaires en armes dont l’enjeu pour les trafiquants se chiffre en dizaine de millions de dollars.

Ancien militaire, âgé de 48 ans et père de trois enfants, Chut Wutty avait commencé à travailler dans le secteur de l’environnement il y a une quinzaine d’années. Il avait joué un rôle majeur pour que la forêt centrale des Cardamomes soit classée forêt protégée en 2002.
Puis il avait fondé une petite association, Natural Resource Protection Group. Bien que disposant de faibles ressources financières l’association, grâce à un réseau efficace, avait souvent attiré l’attention des grands médias sur la destruction de la forêt au Cambodge. C’était l’un des rares militants à oser dénoncer, au péril de sa vie, la corruption du gouvernement et la collusion entre les autorités et des sociétés exploitant des forêts. Il avait déjà eu plusieurs fois maille à partir avec la police et avait reçu des menaces de mort.

En décembre, après avoir accompagné des journalistes du Phnom Penh Post dans la forêt des Cardamomes, il avait confié à son photographe qu’il craignait d’être assassiné. L’excellent reportage du Phnom Penh Post intitulé “ Logging in the wild west “en dit long sur l’étendue de ce trafic et l’implication des différents acteurs qui opèrent dans cette forêt.

Chut Wutty était l’un des militants les plus célèbres du pays.  Mais de nombreux militants moins connus, des gardes forestiers ou encore des journalistes ont été ces dernières années, brutalisés, attaqués par des inconnus armés, menacés de mort parce qu’ils s’étaient fait l’écho de ce trafic de bois impliquant politiciens influents et militaires.

Au Cambodge, s’attaquer à ce trafic est aussi dangereux que de s’attaquer aux cartels de la drogue, dit-on maintenant.

 

Krystel Maurice