En continu

Une commission chargée d’enquêter sur le meurtre de Chut Wutty

Chut Wutty menait un combat sans relâche contre la déforestation du Cambodge. Il a été abattu le 26 avril 2012 dans la forêt centrale des Cardamomes. ©Cambodian Center for Human Rights

Alors que les versions policières divergent quant aux circonstances du meurtre de l’écologiste Chut Wutty et du militaire In Rattana, tués jeudi dans la forêt centrale des Cardamomes, une commission interministérielle chargé d’enquêter a été crée. Elle a été signée hier par le Premier ministre Hun Sen, mais celui–ci n’a fait aucune allusion à ces meurtres lors d’un discours prononcé à Sihanoukville et dont les sujets étaient pourtant nombreux.

Cette commission sera présidée par Mok Chito, chef du département judiciaire du ministère de l’intérieur. Il sera secondé par quatre hauts fonctionnaires : le chef adjoint de la police militaire, le chef adjoint du département technique du ministère de la justice, le sous-directeur de l’unité de réaction rapide du Conseil des ministres et le sous-directeur des relations avec l’Assemblée nationale et le Sénat.

Cet aréopage de personnalités proches du pouvoir en place a été critiqué par les associations de défense des droits de l’homme qui réclamaient une enquête indépendante. Elles estiment notamment que la police militaire, impliqué dans ces meurtres, aurait du en être exclue.

Déjà trois versions du meurtre

 

En cinq jours, la police militaire a en effet déjà présenté plusieurs versions des faits qui se déroulés dans un secteur isolé, à Veal Bei Point,  non loin du barrage de Stung Russey Chrum  qu’une société chinoise est en train de construire.
Le jour du drame Kheng Tito, porte-parole de la police militaire nationale, affirmait qu’une dispute avait éclaté entre Chut Wutty et In Ratana, le militaire âgé de 30 ans. Selon lui, les deux hommes avaient fait feu l’un sur l’autre et étaient décédés.
Un peu plus tard, une autre version était fournie: le militaire aurait tué Chut Wutty, mais des balles auraient ricoché sur le véhicule de l’écologiste, atteignant mortellement le militaire.
Plus tard encore, le même porte parole de la police militaire affirmait que le policier, pris de remord après avoir abattu Chut Wutthy, s’était suicidé en se tirant deux balles, l’une dans l’estomac, l’autre dans la poitrine. Des explications pour le moins rocambolesques ne serait ce qu’au vu du poids et de la longueur de son arme, un fusil d’assaut AK-47 de plus de 4 kg.

Série d’attaques à main armée contre des communautés

 

Quoiqu’il en soit, l’Office du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, la Licadho et le Centre cambodgien pour les droits de l’homme n’ont pas attendu cette commission pour se rendre sur place, quelques heures seulement après le drame, et commencé leurs propres investigations.

Dans son communiqué hier, l’Office du Haut Commissariat aux droits de l’homme de l’Onu se disait «  très préoccupé  par le meurtre de M. Wutthy, le dernier et le plus mortel d’une série d’attaques armées contre les défenseurs des droits de l’homme au Cambodge». C’est en effet la quatrième enquête menée par l’Office depuis le début de l’année pour des attaques à balles réelles contre des communautés et ou des défenseurs de l’homme.

Quand aux deux journalistes du Cambodia Daily qui se trouvaient sur les lieux, elles ont affirmé dans l’édition du week-end du quotidien qu’elles n’avaient pas vu qui avait tiré (lire ici le résumé de leur récit, publié le 28 avril dans le Cambodia Daily).

Elles ont été relâchées quelques heures après le drame.

 

Krystel Maurice