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Meurtre de l’écologiste Chut Wutty: libération du seul condamné de l’affaire

Ran Boroth, le seul condamné dans l’affaire du meurtre de l’écologiste Chut Wutty, a été libéré vendredi 2 novembre. Une libération qui suscite la colère des associations de défense des droits de l’homme.

Le 26 avril, Chut Wutty avait été tué dans des circonstances pour le moins obscures dans une forêt des Cardamomes alors qu’il accompagnait deux journalistes qui enquêtaient sur la déforestation et le trafic de bois dans la région.

Le gouvernement cambodgien avait fourni plusieurs versions de ce meurtre. La dernière en date était la suivante: le policier In Ratana avait abattu l’écologiste qui refusait de lui donner la carte mémoire de son appareil photo.
Ran Boroth, un agent de sécurité de la compagnie Timbergreen avait alors tenté de désarmer le policier pour, a-t- il affirmé à son procès,  protéger les journalistes.  Mais le coup était parti et le policier avait été tué à son tour.
Condamné le 22 octobre à une peine de deux ans de prison dont dix-huit mois avec sursis  pour homicide involontaire envers le policier, l’agent  de sécurité a finalement été libéré quinze jours plus tard.

Une issue qui révolte les associations de défense des droits de l’homme. La Licadho pointe du doigt les invraisemblances de l’enquête officielle, les différentes versions des faits avancés par le gouvernement, l’absence des témoins de la scène à l’audience et le silence du ministère public qui n’a même pas tenté d’apporter la moindre preuve permettant de conclure que Wutty avait été  abattu par le policier In Rattana. L’association continue de réclamer à nouveau une enquête indépendante.

Reporter sans frontières s’inquiète aussi de ce précédent. « Un officier tué, l’occasion était trop belle ! La justice préfère faire porter le chapeau à un officier décédé afin d’étouffer au plus vite l’affaire. L’enquête a été rapidement bouclée et bâclée par les autorités qui ne souhaitaient pas attirer l’attention sur les problèmes environnementaux dont des personnalités puissantes se rendent responsables. La répression sanglante contre les voix qui s’élèvent pour les dénoncer a de beaux jours devant elle ! » déclare Reporter sans frontières dans un communiqué.

Le verdict du tribunal est « une victoire pour la corruption et l’élite politique du Cambodge. C’est un signal fort lancés à l’attention à tous ceux qui voudront attaquer et tuer les quelques personnes qui oseront se lever pour défendre les droits des cambodgiens qu’ils pourront le faire dans l’impunité » déclare Patrick Alley, directeur de  Global Witness.

 

Krystel Maurice