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La médecine traditionnelle menace le loris lent

Le Loris est un animal nocturne qui vit dans les arbres et se déplace souvent tête en bas, suspendu par les pattes arrière. Il se nourrit essentiellement de fruits et d’insectes, d’œufs, de petits lézards. Le jour, il se roule en boule pour dormir. Avec l'aimable autorisation de ©Nicolas Josso

Un ami khmer a capturé la petite boule de fourrure aux yeux tout ronds  alors qu’il traversait la route en plein cœur de Siem Reap, vers 3h du matin.  L’animal ressemble à un lémurien mais appartient à la famille des primates. C’est un loris lent appelé aussi loris paresseux en raison de la lenteur de ses déplacements.

Un simple regard et on a envie de l’adopter. Nombre d’occidentaux l’ont d’ailleurs transformé en animal de compagnie en dépit de mesures gouvernementales qui en interdit la capture. Mais ces interdictions étant purement formelles, le trafic a pris une ampleur considérable. Les vidéos de ces petits primates gambadant dans des appartements confortables pullulent sur la toile et en dit long sur le laxisme des autorités.

Mais pire encore, en Asie du Sud et en Asie du Sud-Est d’où il est originaire, des milliers de loris sont tués chaque année en raison de leur prétendues vertus médicinales. Au Cambodge la traque est telle que le loris lent est en voie d’extinction. C’est aussi le cas des loris pygmés qui peuplaient autrefois le Mondulkiri, en lisière de la frontière vietnamienne et qui ont pratiquement disparus du secteur.

Une  récente étude de la revue scientifique American Journal of Primatary rappelle que dans les années 90, des chercheurs avaient comptabilisé pas moins de 204 loris à vendre dans un seul magasin de Phnom Penh. Et la situation est loin de s’être améliorée avec le temps puisqu’en 2007, ils avaient dénombré 30 animaux sur un marché d’un village du Mondulkiri. Les vendeurs  ne faisaient d’ailleurs pas mystère de leur commerce et disaient avoir de plus en plus de mal à satisfaire la demande!

Car ici, au Cambodge, on dit que cet animal nocturne peut soigner 100 maladies, qui vont de la lèpre à l’asthme, en  passant par les maladies sexuellement transmissibles et les fractures. Mais les plus grosses consommatrices sont les femmes qui viennent d’accoucher car le loris, croit-on, aident à retrouver  force et vitalité.

La chasse est aisée car l’animal se déplace lentement et sa traque ne nécessite aucun équipement spécial. Il suffit, le plus souvent, de secouer l’arbre pour le faire tomber.  En outre les saisies d’animaux sont rares et les autorités se contentent de fermer les yeux.

L’espèce est pourtant officiellement protégée et sa capture est, selon la loi, punissable d’un mois de prison et d’une amende pouvant aller jusqu’à 250 dollars. Mais, souligne  la revue scientifique, les rangers et les policiers sont eux-même des chasseurs de loris. D’ailleurs dans le Mondulkiri,  l’une des importante commerçante s’adonnant à ce  trafic n’est autre que la femme d’un officier de police. Alors…

L’acheteur prépare souvent lui même ses remèdes à la maison en suivant les recommandations des anciens. En fonction de la maladie à traiter, les os de l’animal seront réduits en poudre et mélangé à un vin de riz. Certains partie du corps pourront être  trempées dans  l’alcool, du miel ou roulé dans du charbon de bois. A moins que l’on utilise uniquement des poils de sa fourrure.

Que vas- tu en faire ?
Si je relâche, il finira en vin .
Agni, c’est le nom khmer du loris lent, se porte bien. Mais il vit dans sa cage depuis maintenant six mois.
J’en prends soin tu sais. J’achète souvent des insectes et des fourmis pour lui. Il en raffole. Je dépense beaucoup d’argent pour le nourrir.

La prison ou la mort, pas de quoi se réjouir.

Photo Nicolas Josso

Photo Nicolas Josso

Les membres supérieurs du oris sont dotées de pouces opposables et un doigt de ses pieds est muni d’une longue griffe qui l’aide notamment à s’agripper aux arbres. Photo Nicolas Josso

Les membres supérieurs du oris sont dotées de pouces opposables et un doigt
de ses pieds est muni d’une longue griffe qui l’aide notamment
à s’agripper aux arbres. Photo Nicolas Josso

 

Krystel Maurice