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Cambodge : trois barrages hydrauliques construits par la Chine

Construction du barrage de Kamchay à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Kampot.

La construction de deux nouveaux barrages hydroélectriques dans la province de Koh Kong devrait débuter dans les semaines à venir.
Le chantier d’un premier barrage sur la rivière Tataï débutera ce mois- ci. La centrale hydroélectrique qui y sera installée devrait générer une puissance 246 MW. Réalisé par la China National Heavy Machinery Corporation, le projet est estimé à  540 millions de dollars.
En avril, une  autre compagnie chinoise, la China Huadian Hong Kong Limited, commencera d’édifier sur la rivière Russei Chrum Kraom un barrage dont la puissance totale attendue est de 338 MW. Sa réalisation coûtera 496 millions de dollars.

Ces deux chantiers devraient être achevés en en 2014.”Les deux centrales devraient satisfaire la demande locale en électricité dans le futur” a déclaré Suy Sem, Ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie.

Dominée par la chaine des Cardamones, l’une des derniers forêts primaires de l’Asie du sud est, la province de Koh Kong est très peu urbanisée. La nature y est luxuriante et son écosystème d’une richesse exceptionnelle. Mais quels seront les impacts de ces barrages sur l’environnement ? On l’ignore puisque l’ étude d’impact n’a pas été rendue publique. Les rares mais intéressants projets d’écotourisme qui commençaient à s’y  développer- deux écolodges, le Rainbowlodge et le 4 River floating eco-lodge, venaient d’ouvrir leurs portes- pourraient  être menacés.

L’électricité cambodgienne, l’une des plus chère du monde

Au Cambodge, une trentaine de projets comme celui-ci seraient en préparation. Mais pourquoi tant d’engouement pour l’hydroélectricité?
Aujourd’hui, l’ électricité cambodgienne est produite presque exclusivement par des centrales thermiques, très sensible aux variations du prix du pétrole. La production est non seulement très inférieure à la demande- on estime que seuls 20% des ménages ont un accès fiable à l’électricité au Cambodge- mais son coût est l’un des plus élevé au monde. En outre, les écarts de tarifs entre la ville et la campagne sont très importants. A titre d’exemple, à Siem Reap, le cout du KW est de 820 riels. Mais à quelques kilomètres de là, le KW est facturé 3000 riels soit, 3,6 fois plus cher(1$=4165 riels). La montée en flèche des prix des services, causée par ce manque d’électricité, est un obstacle majeur aux investissements étrangers.

Or, le pays ne possède que deux barrages hydroélectriques, l’un dans la Ratanakiri, l’autre à Kirirom. Le premier, le barrage O Chum, sur la rivière O Chum dans le Ratanakiri, est une “micro centrale” d’une capacité de 1 000 KW construite par la France en 1991 et destinée uniquement à la consommation de Banlung. Le second, le barrage de Kirirom , d’une capacité de 12 MW, a été reconstruit en 2001 par une compagnie chinoise et approvisionne exclusivement Phnom Penh en électricité.

Le gouvernement cambodgien se lance donc tête baissée dans la course à l’hydroélectricité, sourd aux discours des experts de l’environnement, hostile par nature au contre-pouvoir et peu soucieux du devenir de la population.

Kamchay : une étude d’impact réalisée après la signature du contrat

La réalisation du barrage de Kamchay est de ce point est de ce point de vue édifiante. Ce barrage, plus important que les précédents est  actuellement  en cours de construction dans le sud du pays. D’une puissance de 193 MW, il est situé à une quinzaine de kilomètre au nord ouest de Kampot. Sa réalisation  a été confiée à SynoHydro Corporation, l’entreprise d’État chinoise, qui l’exploitera pour une durée de 40 ans avant de le rétrocéder au pays. Le projet qui devrait s’achever fin 2011 est estimé à 280 millions de dollars.

Construction du barrage de Kamchay à une quinzaine de Kilomètres au nord ouest de Kampot.

Cette concession à la Chine, déjà chargée de la quasi-totalité des infrastructures routières du Cambodge, engendre de vives inquiétudes environnementales et sociales.
Car non seulement le gouvernement cambodgien s’est dispensé de lancer un appel d’offres pour sa réalisation mais il s’est empressé de  signer ce contrat avec la Chine avant même qu’une étude d’impact soit lancée. Et comment ne pas avoir de craintes lorsque l’on sait que  l’Etat chinois a « récupéré un projet abandonné par une société canadienne en raison de ses conséquences prévisibles sur l’environnement et la population, et qui prévoyait la création d’une zone inondée de 2000 hectares dans le parc national du Bokor »,  souligne Carl Middleton, de l’ONG américaine International Rivers.

«  La biodiversité du parc du Bokor est riche et ce barrage menace les espèces vivant dans le secteur, renchérit Chhith Sam Ath, directeur du Forum des ONG au Cambodge, une association qui intervient aussi bien sur des questions liées au développement, à l’environnement, aux  droits de la propriété et à la réduction de la pauvreté… Les communautés environnantes qui tirent un complément de revenus non négligeables de la forêt auraient dû au moins recevoir des compensations financières de l’entreprise, estime l’association.

Barrages sur le Mékong

Mais ce sont doute les projets de barrages sur le delta inférieur du  Mékong qui provoquent la plus forte controverse. La Thaïlande, le Laos et le Cambodge, ont prévu d’y édifié onze barrages(voir la carte ci-dessous).
Ces projets risquent de détruire la faune aquatique et avec elle toute l’industrie de la pêche dont dépendent des millions de riverains, estime les écologistes. Ils perturberont en effet le régime du fleuve, empêcheront la migration des poissons, dégraderont leur habitat, et par là, menaceront la sécurité alimentaire et la stabilité sociale.
Si les institutions de développement (banque mondiale, banque asiatique de développement…) refusent de financer de tel projets, les opérateurs privés, eux, ne se sont pas embarrassés de principe. Qu’ils soient chinois, malais, indonésiens, thaïlandais ou coréens, ils ont répondu présents à l’appel des gouvernements laotien et cambodgien (lire également ici, l’interview de Nicolas Fornage, spécialiste des barrages à l’ Agence Française de Développement sur le renouveau des  barrages privés dans le monde).

Les projets de barrages sur le Mékong, source Save The Mekong

Les projets de barrages sur le Mékong, source Save The Mekong.

Deux de ces barrages en projet sont situés sur le territoire cambodgien. L’un à Sambor, d’une capacité de 2600 MW, barrerait le Mékong au nord de Kratié et comporterait un immense réservoir. Sa puissance permettrait, espère le gouvernemen,  d’exporter son électricité vers la Thaïlande et le Vietnam. Son coût est estimé à 3,9 milliards de dollars et sera réalisé par la China Southern Power Grid Company.C

L’autre projet, plus modeste (980MW) à Stung Treng pourrait être confié à une entreprise russe dont le nom n’a pas été révélé.

 

Krystel Maurice