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La sécurité des constructions sur la sellette

Au lendemain de l’effondrement, jeudi dernier dans la province de Kompong Speu, d’une partie de l’usine de textile Wing Star Shoes and Top World dans laquelle deux employés ont trouvé la mort et une douzaine d’entre eux ont été blessés, les responsables du gouvernement se sont empressés d’annoncer davantage de contrôles sur les constructions. Mais à peine avaient-ils prononcé ces mots qu’une annexe d’une autre usine de textile, située, elle, dans la banlieue de Phnom Penh,  s’effondrait faisant 23 blessés.

Ce n’est pas malheureusement pas la première fois que les autorités déclarent vouloir renforcer la sécurité des constructions mais à ce jour ces paroles sont restées lettres mortes.
En 2011 déjà, la toiture d’une centaine de mètres de long d’une usine de textile flambante neuve s’était effondrée comme un château de carte dans le district de Sen Sok, dans la banlieue de Phnom Penh. L’inauguration de l’usine devait avoir lieu quelques jours plus tard et des centaines de personnalités y étaient invités. Aucun blessé n’était à déplorer mais la mairie de Phnom Penh  avait annoncé tambour battant la constitution d’un comité chargé de diligenter une enquête afin de déterminer les responsabilités. Mais l’enquête, qui s’est achevée en mars 2012, n’a jamais été rendue publique. La mairie a même refusé de communiquer le nom de l’entreprise qui avait réalisé la construction, tout autant que celui du propriétaire du terrain.

Six mois plus tard, à l’automne 2012 une autre usine en cours de construction s’est effondrée. Soixante ouvriers du chantier avaient été blessés. Les autorités s’étaient contentées de constater  la mauvaise qualité des matériaux utilisés, à l’origine de l’accident. Dès lors, les deux accidents survenus ces derniers jours dans des usines textiles sont-ils de nature à faire évoluer la situation ?

 

Aucune norme en vigueur

Sans doute pas, comme l’explique aujourd’hui le Phnom Penh Post qui a interrogé un consultant en immobilier sous couvert de l’anonymat. Pourquoi ? Parce que, dit-il, qu’il s’agisse des usines de textile ou de toute autre construction, il n’existe globalement aucune norme au Cambodge. « Dans la plupart des pays développés, tout bâtiment doit être au minimum supervisé par un ingénieur en chef … Et le béton qui est utilisé pour la construction doit être analysé par des laboratoires spécialisés. » « Au Cambodge aucune de ces obligations n’existe ».

Ces manquements affectent aussi le marché, précise-t- il,  dans la mesure où il est difficile de trouver des constructions dont la structure est garantie, ce qui n’empêche pas de soi disant « experts » de délivrer des certificats de conformité. Le système cambodgien n’est selon lui qu’une « coquille vide ». Certes il existe bien un département chargé de la sécurité au ministère de la construction, souligne-t-il,  mais de là à dire qu’il veille  à la sécurité des constructions….Et le problème est encore aggravé par le fait que  les entreprises de construction bénéficiant d’une licence ont généralement recours à des sous-traitants non qualifiés.

«  J’ai aussi entendu dire que de gros projets, connus de tous, sont actuellement réalisés avec de l’acier beaucoup plus fin dans le seul de but de diminuer les coûts » « Au Cambodge tous les commanditaires sont à la merci des promoteurs, conclut ce consultant, et il faut s’attendre à d’autres désastres».

 

Krystel Maurice