En continu

Cambodge-Thaïlande: nouvelle rencontre après les heurts à Preah Vihear

Le temple de Preah Vihear où nous étions rendus quelques jours avant les accrochages du 3 avril 2009 ©Krystel Maurice

Trois jours après le sérieux accrochage de Preah Vihear, les pourparlers entre le Cambodge et la Thaïlande pour la délimitation des 850 kilomètres de frontières communes ont repris le 6 avril, comme le prévoyait l’agenda. La réalisation du tracé de la frontière entre les deux pays d’après des prises de vue aériennes ainsi que la discussion sur un projet de redéploiement des troupes autour du site de Preah Vihear seront au menu des discussions. Elles devraient se poursuivre durant des mois.

Mais dès samedi, la délégation de responsables thaïlandais avait demandé à rencontrer Hun Sen, Premier Ministre cambodgien, pour un entretien informel lié aux événements du 3 avril. Les responsables militaires des deux camps se sont aussi rencontrés samedi à Preah Vihear.

Le 3 avril, les troupes stationnées autour du temple de Preah Vihear, de part et d’autre de la frontière, se sont affrontées à plusieurs reprises, une première fois dans la matinée puis dans l’après-midi. Trois soldats thaïlandais seraient décédés et plusieurs autres seraient blessés. Mais aucun bilan officiel n’a été confirmé. Ces accrochages sont survenus deux jours après qu’un soldat thaïlandais a sauté sur une mine, dans le secteur de Veal Entry, situé en territoire cambodgien.
Comme toujours, la version thaïlandaise des événements contredit celle des Cambodgiens. Dans une lettre envoyée samedi aux autorités cambodgiennes, le ministre des Affaires étrangères thaïlandais proteste contre cet incident qui, selon lui, a eu lieu coté Thaïlandais et « constitue une sérieuse violation de la souveraineté et de l’intégrité nationale ».
Selon les officiels cambodgiens, le 1er avril ce soldat thaïlandais a sauté sur une mine dans la zone de Veal Entry, située 500 mètres à l’intérieur du territoire cambodgien. Après l’accident, le 3 avril, plusieurs de ses camarades auraient alors cherché à retourner à l’endroit concerné pour récupérer des armes et des indices. Ils ont essuyé des tirs de la part des soldats khmers et se sont repliés.

Une rencontre entre les deux commandants en charge du secteur a ensuite été organisée pour résoudre le problème sans faire usage de la force. Toutefois, de nouveaux affrontements ont eu lieu dans l’après-midi et des armes lourdes ont été utilisées.
Côté cambodgien, le marché situé au bas de l’escalier principal a pris feu, ainsi que les maisons de bois des familles vivant sur place. Le bureau de l’Autorité nationale pour Preah Vihear, situé près du temple, a lui aussi été détruit par les tirs. Aucun blessé n’est à déplorer, les 500 familles ayant été évacuées la veille au soir vers Sa Em, situés à plusieurs kilomètres, ou regroupées sur une colline derrière le temple.
Reste que selon Long Sovann, gouverneur de la province, 183 maisons et commerces ont été entièrement dévastés et les familles se retrouvent aujourd’hui totalement démunies. Au total 277 familles vivaient dans les environs immédiats du marché.

 

Au pied de l’escalier monumental, les parasols colorés abritaient le marché. La frontière thaïlandaise n’est qu’à un kilomètre. Le marché a été entièrement dévasté  le 3 avril par un incendie provoqué par les tirs thaïlandais. @Krystel Maurice

Au pied de l’escalier monumental, les parasols colorés abritaient le marché. La frontière thaïlandaise n’est qu’à un kilomètre. Le marché a été entièrement dévasté le 3 avril par un incendie provoqué par les tirs thaïlandais. @Krystel Maurice

Le ministère des Affaires étrangères cambodgien répète que la mine qui a explosé était située nettement à l’intérieur du territoire cambodgien et que les intrusions thaïlandaises constituent une violation des accords internationaux et bilatéraux signés sur cette question frontalière. Le gouvernement du Cambodge exprime ses regrets et réaffirme que les soldats khmers étaient en situation de légitime défense.

Il s’agit des accrochages les plus importants depuis ceux d’octobre 2008 qui avaient fait trois morts côté cambodgien. Selon le colonel cambodgien Khon Savoun, les tirs thaïlandais ont été très nourris. Les soldats cambodgiens se sont trouvés sous un déluge de feu, y compris des tirs de rocket. « Les soldats thaïs restaient invisibles mais tiraient de partout. Le bruit était assourdissant et nos soldats ne voulaient pas s’arrêter de tirer en dépit de l’ordre de l’État-major ordonnant le cessez-le- feu », a-t-il précisé.

Soirée télé dans un des restaurants situés autour du marché détruit par les tirs quelques jours plus tard. @Krystel Maurice

Soirée télé dans un des restaurants situés autour du marché détruit par les tirs quelques jours plus tard. @Krystel Maurice

De son côté, le premier Ministre Hun Sen a minimisé les derniers heurts « Les combats de ces derniers jours sont un accident. Ce n’est pas la guerre. Ils ont eu lieu parce que les soldats thaïs se sont aventurés en territoire cambodgien, dans une zone dangereuse où il reste beaucoup de mines. J’ai parlé au commandant sur place et les combats sont restés très localisés. Ces dérapages peuvent se produire car les soldats sont face depuis des mois. Mais, aujourd’hui, j’appelle les deux camps à se calmer, à se parler. »Et curieusement il a ajouté « Les soldats pourraient même échanger de la nourriture : ils échangeraient du poisson grillé contre des fruits par exemple ». Une suggestion, qui dans le climat de tensions qui prévaut depuis des mois, ne fera  sans doute pas recette auprès des soldats des deux camps, plus habitués à s’observer qu’à faire commerce de poissons !

 

Krystel Maurice