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Temple de Preah Vihear: la population déplacée

Le village de Kor Muy au pied du temple de Preah Vihear. Photo Krystel Maurice

792 familles des environs immédiats du temple de Preah Vihear vont être déplacées.
Cette décision n’est pas directement liée aux accrochages du 3 avril dernier avec la Thaïlande mais relève des engagements passés avec l’Unesco dans le cadre de la protection du temple, classé patrimoine mondial de l’Humanité depuis l’an dernier.
Selon ces accords, aucune construction n’est autorisée dans un périmètre de 30 m autour du temple. Les autorités cambodgiennes ont également décrété « zone interdite » un secteur de 3 km autour du temple.
Une troisième zone, plus éloignée, a par ailleurs été réservée au développement. Elle prend naissance à la limite de la « zone interdite » et s’étend jusqu’au village de Sa Em. C’est ici que seront relogées les familles de Kor Muy.

319 autres familles, installées au pied du grand escalier du temple où elles exploitaient de petits commerces, ont quant à elles, tout perdu lors des accrochages du 3 avril. Leurs commerces et leurs habitations de bois sont parties en fumée, à la suite des tirs nourris de l’armée thaïlandaise. Elles ont été évacuées de justesse la veille des heurts à Sra Em et ont été provisoirement installées sous des tentes. Ces familles seront également relogées dans cette « zone de développement ». C’est aussi dans ce secteur que sera édifié le futur musée qui doit abriter les collections d’objet trouvés sur le site du temple.

L'incendie du marché situé au pied du grand escalier du temple de Preah Vihear le 3 avril 2009. Un tir de rocket de l’armée thaïlandaise est à l’origine du sinistre.

L’incendie du marché situé au pied du grand escalier du temple de Preah Vihear le 3 avril 2009. Un tir de rocket de l’armée thaïlandaise est à l’origine du sinistre.

Les autorités évoquent la construction d’un « village écologique », terme à la mode en occident, mais dont on voit mal ce qu’il signifie au Cambodge. Certes le gouvernement s’est engagé à dédommager les familles. Il leur sera fait donation d’un terrain de 50mX 100 auquel doit s’ajouter une compensation financière de 2 millions de riels (490 dollars). Le bois et la tôle pour les toitures leur sera fourni gratuitement.
En quoi ce village sera-t-il « écologique » ? Aucune précision n’a été fournie. Mais peut-être les autorités estiment-elles tout bonnement que le bois et la tôle sont des matériaux « écologiques » ? Auquel cas, les autorités n’inventeront pas l’eau chaude puisque les constructions de bric et de broc de Kor Moy et du marché utilisaient déjà ces même matériaux. Et pour le moins, la qualité générale de ces baraquements ne frappait guère le visiteur.
Sans parler des montagnes de détritus qui jonchent le sol de Kor Moy et des eaux usées qui ruissellent le long des cabanes.
On ignore également comment sera réalisé l’approvisionnement en eau, ce problème étant récurrent dans tout le secteur en saison sèche. A l’heure actuel, seul l’armée est approvisionné par camions citerne.
La construction d’une route desservant le nouveau village ainsi qu’une école et un temple sont envisagés. Le coût estimatif du projet est de 1 million de dollars.

 

Krystel Maurice