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Preah Vihear : Hun Sen dénonce les « menaces » de la Thaïlande auprès de l’ONU

Photo Camille Suhard 2009

Le Premier ministre Hun Sen a adressé dimanche 8 juillet un courrier de protestation au conseil de sécurité de l’ONU évoquant les propos tenus la veille par le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva à propos du différent de Preah Vihear.

Samedi, le Premier ministre thaïlandais s’était exprimé lors d’une manifestation organisée par le PAD (les Chemises jaunes). Bien qu’interdite en raison de l’état d’urgence, la manifestation avait rassemblé quelque 2000 personnes dans un stade de la capitale thaïlandaise. « Nous annulerons le protocole d’entente (couramment appelé MoU, Memorandum of Understanding) signé en 2000 si le problème [de Preah Vihear] ne peut être résolu. Nous aurons tout à la fois recours à des moyens démocratiques et militaires », a déclaré Abhisit selon le quotidien de langue anglaise The Nation.

Réagissant à cette déclaration, Hun Sen, le Premier ministre cambodgien a adressé un courrier au Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, M. Ali Abdussalam ainsi qu’au Président du Conseil de Sécurité, Vitaly Churkin, estimant que ces propos constituent une « menace sérieuse» d’annuler unilatéralement le document juridique signé le 14 juin 2000 par les deux pays et de recourir à la force militaire pour  résoudre la question frontalière. Hun Sen en conclut que la Thaïlande viole ainsi deux articles de la Chartes des Nations Unis. La Thaïlande et le Cambodge revendiquent tous deux un territoire de 4,6 Km2 jouxtant le temple de Preah Vihear.

Dans ses courriers, Hun Sen se réfère une nouvelle fois à l’arrêt de la Cour internationale de Justice de La Haye du 15 juin 1962, lequel stipule que « Le temple de Preah Vihear est situé en territoire relevant de la souveraineté du Cambodge »
et que «  La Thaïlande est tenue de retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens qu’elle avait installés dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien ».

Le Premier ministre cambodgien souligne que « la Thaïlande en maintenant ses soldats dans la pagode Wat Keo Sekha Kirisvarak, située à seulement trois cent mètre du temple, bien à l’intérieur du territoire cambodgien » viole également le jugement de la Cour. Le Premier ministre cambodgien réaffirme « la politique constante » de son pays de ne pas utiliser de moyens militaires pour régler des disputes avec ses voisins. « Néanmoins, le Cambodge réserve ses droits légitimes pour défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale en cas d’actes délibérés d’agression ».

Au moment même où cette lettre était rédigée, le Premier ministre thaïlandais Abhisit Vejjajiva, revenait en partie sur ses propos lors d’un débat avec les Chemises jaunes, retransmis en direct sur une chaine de télévision thaïlandaise. «  Le Protocole d’entente de 2000 empêche les deux parties de faire quoi que ce soit dans la zone disputée, c’est pourquoi il devrait être maintenu ».

Panitan Wattanayagorn, le porte-parole du gouvernement thaïlandais a fait savoir lundi que le ministère des affaires étrangères enverrait à son tour une lettre d’explication à l’ONU. La Thaïlande ne viole pas la charte de l’ONU contrairement à ce qu’affirme le Cambodge,  a-t-il expliqué en substance, et sa position n’a pas changé. Le Cambodge a empiété sur le territoire thaïlandais mais la Thaïlande reste attachée à la coexistence pacifique et à la loi, a-t-il ajouté.

 

Krystel Maurice