En continu

La Thaïlande a utilisé des bombes à sous-munitions contre le Cambodge

Le site internet de la Cluster Munition Coalition publie plusieurs photos des bombes à sous-munitions récemment découvertes au nord du nord du Cambodge au cours de ses investigations.

La Cluster Munition Coalition, un réseau d’associations internationales qui milite contre l’utilisation des armes a sous-munitions, a confirmé mercredi que la Thaïlande avait bien utilisé de telles armes contre le Cambodge, lors des derniers affrontements qui ont eu lieu du 4 au 7 février dans le secteur du temple de  Preah Vihear.

Les affrontements ont fait au moins dix victimes. Deux policiers cambodgiens ont été tué le 6 février et huit autre blessés par l’une de ces bombes dans le village de Svay Chrum, situé dans la province de Preah Vihear.

La Cluster Munition Coalition, basé à Londres, regroupe environ 350 organisations de la société civile émanant de plus de 90 pays Parmi lesquelles Handicap international, Amnesty International, Human Rights Watch…Elle  a mené deux inspections sur place, l’une le 12 février et l’autre les 1 et 2 avril qui ont permis de déterminer cinq secteurs dont le sol est miné.

« Il est  révoltant de voir qu’un pays a encore recours à de telles armes alors que la communauté internationale les a interdit. La Thaïlande a été l’un leader dans la campagne contre les mines anti personnel et c’est inexcusable de voir qu’elle utilise aujourd’hui des armes qui tuent et mutilent les populations civiles de la même manière », a déclaré dans un communiqué Laura Cheeseman, directrice de la  Cluster Munition Coalition (CMC)

« Auto-défense »

La CMC affirme également que  l’ambassadeur de Thaïlande auprès des Nations Unies à Genève a reconnu lors d’une rencontre le 5 avril que la Thaïlande avait utilisé ces armes, « pour se défendre » contre les « tirs de rocket provenant du Cambodge et qui atteignait des civils à Satisuk, dans le district de  Khun Khan ». Jusqu’ici la Thaïlande avait fermement démenti ces allégations.

Les armes à sous-munitions sont de grosses bombes contenant plusieurs dizaines de petites bombes explosives. Ces armes peuvent être largués par avion ou tirés depuis le sol et se dispersent sur de grandes surfaces. Mais beaucoup de ces petites bombes qui ressemblent à des jouets ou à des paquets contenant des rations alimentaires n’explosent pas immédiatement. Elles n’en restent pas moins armées et mortelles, et finissent par tuer des civils, souvent des années plus tard. De nombreux enfants en sont victimes.

Selon la Cluster Munition Coalition,  c’est la première fois qu’un pays utilise ces armes depuis que la Convention mondiale d’Oslo qui a pris effet en 2010. Ce traité interdit l’utilisation, la production, le commerce et le stockage des bombes à sous-munitions. Il a été signé par 108 pays et ratifié par 55 d’entre eux. Ni la Thaïlande, ni le Cambodge ne l’ont signé.

300 km2 minés, selon le CMAC

Le Cambodian Mine Action Center, l’organisme de déminage du gouvernement cambodgien, a affirmé hier qu’au total, 12 secteurs étaient « gravement concernés » couvrant une superficie de plus de 300 km 2.
« Nous devons agir immédiatement, déclarait Heng Rattana, le directeur du centre qui redoute de lourdes pertes humaines.
Le 20 avril, une cinquantaine de démineurs appartenant à cet organisme commenceront d’établir un état des lieux précis. Le CMAC demande à la Thaïlande de fournir des informations précises sur tous les secteurs qui ont été visés et appelle la communauté internationale à faire pression sur Bangkok pour obtenir ces informations. Il a également demandé à la communauté internationale d’assister les organismes de déminage qui travailleront dans ces zones.