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Cambodge-Thaïlande: le conflit s’intensifie

Les combats entre l’armée thaïlandaise et cambodgienne se sont poursuivis pour la cinquième journée consécutive le long de la frontière entre les deux pays et se sont encore intensifiés mardi. Mardi,  les troupes se sont affrontées dans le secteur du temple de Ta krabey mais aussi près du temple de Preah Vihear, à 150 km au nord du secteur où se sont déroulés les combats de ces derniers jours.

Autour de Preah Vihear, l’armée cambodgienne aurait ouvert le feu sur un avion F16 thaïlandais qui survolait le territoire. Pour l’heure, aucun bilan de cette journée n’a été communiqué, le dernier bilan faisant état de treize soldats tués, de dizaines de blessés. Plus de 20.000 personnes ont été déplacées de chaque côté

Ces combats entre les deux pays sont les plus violents depuis le début de la querelle frontalière en 2008. Les deux camps s’accusent d’avoir déclenché les hostilités et continuent de renforcer leurs positions, tandis que toutes issues diplomatiques semblent dans l’impasse.

L’armée et les élections thaïlandaises

Le gouvernement thaïlandais multiplie les déclarations accusant le Cambodge de l’avoir agressé et souligne que le pays ne fait que défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale. Mais les élections thaïlandaises qui devraient avoir lieu en juillet ne sont certainement pas étrangères à ces affrontements. Les responsables militaires semblent en effet bien décider à mener la danse et à peser de tout leur poids dans le jeu politique. La gestion du conflit avec le Cambodge est entre leurs mains et, jour après jour, le gouvernement leur cède du terrain. Au point que de nombreux experts émettent aujourd’hui l’hypothèse d’un possible coup d’état prochain en Thaïlande. En reprenant les rennes du pays, l’armée, qui compte dans ses rangs de nombreux ultra-nationalistes, repousserait aux calendes grecques la tenue d’élections, évitant ainsi un retour  au pouvoir des Chemises rouges et de Thaksin.
Coup d’état ou pas, l’armée semble en tout cas vouloir réduire le gouvernement à une simple chambre d’enregistrement de ses désidératas.  Les militaires donnent de la voix et battent le pavé de Bangkok, comme ce fut le cas encore aujourd’hui, où 750 soldats ont défilé dans la rue pour apporter leur soutien à la monarchie et à leur chef, le général  Prayuth Chan-ocha. Les responsables militaires multiplient les déclarations dans la presse pour s’opposer à l’envoi sur le terrain d’observateurs de l’Association des Nations du Sud-Est asiatique (l’ASEAN). Le gouvernement, lui, en avait pourtant accepté le principe le 22 février dernier. Ce matin  encore, le chef de l’armée thaïlandaise, le général  Prayuth Chan-ocha réitérait son hostilité à un tel déploiement « Si toutefois des observateurs étaient nécessaires, la condition pour nous est le retrait total des soldats cambodgiens de Preah Vihear et de tous les secteurs autour des autres temples »,a t-il déclaré dans le Bangkok Post.

Impasse diplomatique

Hier, le ministre indonésien des affaires étrangères Marty Natalegawa, qui préside actuellement l’ASEAN, a subitement annulé sa visite à Bangkok et à Phnom Penh, sans  que l’on en connaisse les raisons. Quelques instants plus tard, le ministre thaïlandais des affaires étrangères, Kasit Piromiya, réaffirmait que des négociations bilatérales avec le Cambodge était souhaitable.

Or, Phnom Penh s’y oppose depuis des semaines. « Si aucun pays tiers ne participe à la mise en place d’un cessez le feu permanent, la Thaïlande continuera d’envahir le Cambodge et de nous accuser d’avoir déclenché les hostilités », déclarait lundi le porte-parole du gouvernement cambodgien. Jusqu’ici, aucun accord de cessez le feu permanent entre les deux pays n’a été signé. Dans ce contexte une montée en puissance du conflit frontalier est fort probable.

 

Krystel Maurice