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La Thaïlande se retire de la Convention du patrimoine de l’Unesco

On pouvait s’y attendre, c’est chose faite ou presque. La Thaïlande a claqué, samedi 25 juin, la porte du Comité du patrimoine mondial de l’Unesco qui se réunissait  à Paris. Motif invoqué: l’inscription à l’ordre du jour des mesures de protection du temple de Preah Vihear, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande.

La 35e session annuelle du Comité du patrimoine mondial de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), se tient du 19 au 29 juin à Paris. Le Comité du patrimoine mondial se réunit une fois par an et est composé de représentants de 21 États dont la Thaïlande et le Cambodge. C’est à lui de décider si un site est accepté pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial. Il examine aussi les rapports sur l’état de conservation des sites inscrits.

Depuis sa création en 1972, c’est la première fois qu’un pays dénonce la Convention du Patrimoine mondial de l’Unesco. Cette Convention adoptée par 187 pays vise à sauvegarder et à préserver les sites ayant une valeur universelle exceptionnelle.
La décision thaïlandaise n’est cependant pas une surprise  dans le contexte actuel de dégradation des relations entre la Thaïlande et le Cambodge et des affrontements réguliers autour du temple de Preah Vihear. Pressé par les chemises jaunes, le gouvernement thaïlandais avait déjà tergiversé l’an dernier sur son maintien ou non dans le Comité de l’Unesco lors de la réunion qui s’était tenu à Brasilia.

A Paris,  la Thaïlande a demandé une nouvelle fois de reporter d’un an l’étude du plan de gestion du temple. Une requête que le Comité a refusée à l’unanimité. Le débat n’a cependant pas eu lieu, puisque la Thaïlande a quitté la table des discussions. Le Comité s’est donc contenté de réaffirmer « la nécessité de protéger et de conserver le temple de tous dommages » et a engagé les deux parties à renouer le dialogue.

Dans une conférence de presse dimanche,  le Premier ministre Abhisit, en pleine campagne électorale pour les élections qui auront lieu le 3 juillet, a justifié cette décision par le fait que le projet de communiqué final  soumis à l’assemblée comportait des termes inacceptables pour la Thaïlande, puisqu’il y était question de « restauration et de réparation ». Des termes qui, selon lui, reviennent à accuser la Thaïlande d’avoir commis des dommages et qui risquent de porter atteinte à la souveraineté du territoire.
Comme d’usage dans ce dossier de Preah Vihear, la Thaïlande a bien du mal à justifier ses décisions. En réalité, depuis plusieurs semaines, Bangkok campe sur ses positions et exige avant toute discussion, le retrait des troupes cambodgiennes déployées à Preah Vihear. Une condition qu’elle avait également exigé dans son mémoire de défense devant la Cour Internationale de Justice de la Haye, fin mai. A quelques jours de la tenue du scrutin électoral, cette annonce relève bien davantage  de la politique intérieure thaïlandaise que du débat culturel. Sera-t-elle pour autant définitivement entérinée ? Pas si sûr.

Vers un regain de tension ?

Elle devra en tout cas être officialisée par écrit après les élections. Une tâche qui incombera donc au prochain Premier ministre dont le parti sera sorti vainqueur des urnes. En tête des sondages, Yingluck Shinawatra, sœur de Thaksin et chef de file de l’opposition, a d’ores et déjà fait part de son désaccord, considérant que ce retrait pouvait affecter d’autres sites du pays, eux aussi classés au patrimoine mondial. Quoiqu’il en soit l’annonce de ce retrait fait craindre un regain de tension autour du temple de Preah Vihear et le long de la frontière. Le général Prayuth Chan-ocha, le tout puissant chef de l’armée thaïlandaise, a d’ores et déjà fait savoir que ses troupes se tenaient prêtes à intervenir si la souveraineté du pays était menacée.

En 1962, la Cour internationale de justice (CIJ) a attribué le temple de Preah Vihear au Cambodge et, en 2008, le temple a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Depuis lors, de fréquentes tensions sont apparues entre les deux pays et les troupes des deux pays se sont affrontées à plusieurs reprises. Les plus violents combats ont eu lieu en avril 2011. Fin mai la Cour Internationale de Justice a commencé d’examiné une requête en interprétation du jugement de 1962 émanant du Cambodge.

 

Krystel Maurice