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Conflit du temple de Preah Vihear: la bataille de la Haye

Le Cambodge et la Thaïlande ont exposé leurs arguments devant la Cour internationale de justice de la Haye du 15 au 19 avril suite à la demande d’interprétation du Cambodge de l’arrêt du 15 juin 1962 concernant le temple de Preah Vihear. Compte-rendu complet de ces débats dans une atmosphère pour le moins tendue.

La Cour de justice internationale de la Haye, le 15 avril à l’ouverture des audiences de plaidoiries portant sur la demande d’interprétation du Cambodge de l’arrêt du 15 juin 1962. Capture écran

« Paranoïaque », « inconstant », le Cambodge aurait opéré « un volte face spectaculaire » et présenté à la Cour Internationale de Justice de la Haye « des faits manipulées », « des cartes et des archives falsifiées », des « détournements de procédure » dans le « but  évident de s’approprier des zones en Thaïlande», en l’occurrence 4,6 km2, autour du temple de Preah Vihear, qu’il juge nécessaire à l’inscription du temple au patrimoine mondial de l’Unesco.

Tout au long de ses interventions devant la Cour internationale de justice de la Haye, la Thaïlande, par la voix de ses représentants, s’est vigoureusement défendue contre ce qu’elle estime être une « violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale » et « une nouvelle revendication territoriale du Cambodge ». Avec force arguments historiques, juridiques et cartographiques, elle a conclu ses plaidoiries en demandant à la Cour de prononcer l’irrecevabilité de la demande en interprétation du Cambodge.

Un litige de longue date

Pour comprendre cette affaire qui pourrit les relations entre les deux pays depuis des années, revenons rapidement sur son contexte historique le plus immédiat. Situé au nord ouest du Cambodge, à la frontière avec la Thaïlande, ce temple érigé au IXe siècle, est l’objet d’un litige entre les deux pays depuis des années. En 1949, déjà des échanges de courriers diplomatiques font état de la présence de gardes thaïlandais dans le temple. Mais en 1954, alors que le Cambodge vient tout juste d’accéder à l’indépendance, les forces armées thaïlandaises s’en emparent. Le roi Sihanouk porte l’affaire devant la Cour internationale de justice de la Haye, la plus haute juridiction de l’ONU, le 30 septembre 1959.

Dans un arrêt prononcé le 15 juin 1962 ( a télécharger ici) , la Cour accède aux demandes du Cambodge et formule le dispositif de l’arrêt en ces termes:
« Le temple de Preah Vihear est situé en territoire relevant de la souveraineté du Cambodge »
et dit en conséquence : « Que la Thaïlande est tenue de retirer tous les éléments de forces armées ou de police ou autres gardes ou gardiens qu’elle a installés dans le temple ou dans ses environs situés en territoire cambodgien »
« Que la Thaïlande est tenue de restituer au Cambodge tous objets des catégories spécifiées dans la cinquième conclusion du Cambodge qui, depuis 1954, auraient pu être enlevés du temple ou de  la zone du temple par les autorités thaïlandaises ».

Les combats de 2011

L’affaire ayant été jugée il y a maintenant plus de cinquante ans, pourquoi le Cambodge revient-il alors aujourd’hui, devant la même Cour de justice ? Ce qui est en cause désormais, ce n’est plus le temple lui-même mais une zone de 4,6 km2 autour du temple dont les deux pays revendique la souveraineté.
Depuis 2008, date à laquelle le temple a été  inscrit sur la liste du patrimoine de l’Unesco, les accrochages autour du temple se sont multipliés, empêchant tout développement touristique du secteur. Mais en février et avril 2011, les affrontements à l’arme lourde atteignent un niveau de gravité jamais égalé, faisant au moins 28 morts et des dizaines de blessés-la plupart côté cambodgien-et des milliers de personnes déplacées.
En Thaïlande, le gouvernement du Premier ministre Abhisit est pris à partie depuis des mois par les Chemises Jaunes qui ont fait de Preah Vihear leur cheval de bataille. Les médias thaïlandais attisent le feu et les déclarations va-t-en guerre fusent de toutes parts.

Le Cambodge revient devant la Cour internationale de Justice

Le 28 avril 2011, Phnom Penh  qui en appel à l’ONU depuis des jours, se résout à retourner une fois encore devant  la Cour de justice de la Haye. Le Cambodge dépose auprès de la Cour, deux demandes.

La première est une requête introductive d’instance dans laquelle il demande à la Cour se prononcer sur « le sens et la portée » de l’arrêt rendu en 1962. Ce fut l’objet des plaidoiries des uns et des autres la semaine dernière sur lesquelles nous allons revenir.
Dans l’attente d’une décision sur le fond, Phnom Penh dépose également ce jour- là, une demande en indication de mesures conservatoire « afin de faire cesser les incursions [de la Thaïlande] sur son territoire ». Une demande à laquelle la cour a accédé, rejetant la tentative de la Thaïlande de faire radier l’affaire du rôle de la Cour. Ainsi par ordonnance du 18 juillet 2011, la Cour a indiqué quelques mesures conservatoires (lire ici notre article sur ce sujet).

(Lire la suite de l’article page 2)