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Preah Vihear: Cambodge et Thaïlande satisfaits des décisions de la CIJ

Cette carte au 1/200 000 intitulée “Dangrek, Commission de délimitation entre l’Indochine et le Siam” est celle sur laquelle s’est appuyée la Cour en 1962 dans l’énoncé des motifs de son arrêt. Depuis l’arrêt du 11 novembre 2013, elle délimite les environs du temple dans sa partie nord, à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande.

L’arrêt rendu le 11 novembre par la Cour internationale de justice de la Haye concernant le temple de Preah Vihear a été bien été accueillie, tant par les autorités cambodgiennes que par le gouvernement thaïlandais. S’il ne règle pas tous les problèmes liés à la zone disputée autour du temple, il devrait en tout cas ouvrir la voie à des négociations plus sereines entre les deux états, pour autant que l’un et l’autre ne l’utilise pas à des fins de politique intérieure, comme c’est le cas depuis 2008.

« Bien sur nous ne sommes pas satisfaits à 100% mais nous sommes heureux car ce jugement entérine la majorité de nos demandes » a déclaré Hor Nor le ministre des affaires étrangères, à la tête de la délégation cambodgienne. Il a souligné que la Cour avait reconnu la carte de l’annexe I – établie par la France et le Siam au début du siècle-comme étant la frontière dans la zone du temple.

Rappelons que l’arrêt de la Cour attribue au Cambodge la souveraineté de l’intégralité de l’éperon rocheux sur lequel est situé le temple. Selon cet arrêt, le secteur du temple est délimité au nord par la carte de l’annexe I , « mais pas au-delà ».

Les difficultés d’interprétation de cette carte et de sa transcription sur le terrain ont été largement développées par la Thaïlande lors de ses plaidoiries orales en avril (Lire ici, en particulier les interventions de Alina Miron).  La Cour ne s’est cependant pas prononcée sur cette question, sa compétence devant se limiter aux documents et échanges étudiés par la Cour en 1962. Dès lors, le Cambodge et la Thaïlande devront trouver un modus vivendi pour délimiter cette frontière au plus près des indications de cette carte établi il y un siècle. Le Cambodge devrait ainsi regagner quelques mètres de son territoire.

Pour sa part, le Premier ministre Hun Sen a estimé que cet arrêt constituait une « avancée historique » et a appelé la population et les forces armées au calme.

Le Cambodge revendiquait 4,6km2,  comprenant l’éperon rocheux sur lequel est situé  le temple mais également la colline de Phnom Trap à l’ouest. Mais la Cour l’en a exclu du secteur délimité comme étant les « environs du temple ». Or cette colline est elle aussi sujet de disputes entre les deux états.

A l’issue du jugement, le ministre des affaires étrangères thaïlandais, Surapong Tovichakchaikul, a également déclaré : « Les deux parties sont satisfaites du verdict », ajoutant que Bangkok et Phnom Penh devraient maintenant discuter. « Le Cambodge n’a gagné qu’une toute partie des 4,6km2  disputés. Nous sommes en train de calculer ce que cela représente exactement », s’est empressé de déclarer Virachaï Plasaï, l’ambassadeur thaïlandais aux Pays-Bas, également à la tête de la délégation thaïlandaise dans cette affaire.

En dépit de ces déclarations, le verdict de la Cour risque de fragiliser encore davantage Yingluck Shinawatra, le Premier ministre de Thaïlande. Des dizaines de milliers de manifestants sont descendus ces derniers jours dans les rues de Bangkok pour protester contre une loi d’amnistie qui pourrait ouvrir la voie au retour de son frère Thaksin dans le pays. Hier soir, le sénat a rejeté cette loi à l’unanimité mais l’affaire pourrait bien ne pas en rester là. Le Premier ministre a néanmoins déclaré hier que des négociations seraient menées avec le Cambodge au travers d’une commission mixte afin de déterminer comment retranscrire la carte de l’annexe I sur le terrain.

 

Krystel Maurice