En continu

Mourir dans la solitude de la rizière

Photo@Krystel Maurice

 

Samedi, à l’hôpital de Siem Reap où elle venait d’être hospitalisée, on ne les a pas laissés entrer. Trop grave, leur a-t-on dit, il faut attendre.
Le médecin de son village s’était contenté de lui donner quelques cachets sans l’ausculter. Elle, n’avait pas osé expliquer.

Elle était retournée travailler dans son champ, à près de 100 km du village. Il fallait faire vite, la mousson était là, le repiquage du riz n’était pas achevé. Le père, absent depuis des années, se perdait dans l’alcool et le jeu. Les enfants n’avaient qu’elle. Au retour, elle s’était affalée, inconsciente.

A l’hôpital on l’a placé sous oxygène. Les médecins n’expliquaient pas. Du sang s’écoulait dans une poche. Infection, disait l’infirmier. Trop faible pour être opérée, il faut attendre.

Elle,  avait déjà trop attendu. Des semaines de douleurs, courbée dans les champs et l’argent qui manquait. Quelques heures plus tard, elle est décédée.  Tous ignoraient qu’elle avait tenté d’avorté, seule, plusieurs semaines auparavant. Elle avait 45 ans.

 

Krystel Maurice