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Meurtre d’Ophélie Begnis à Kampot: incarcéré depuis un an, Olivier Van Den Bogaert est libéré pour manque de preuves

Soupçonné par la police cambodgienne du meurtre, l’an dernier à Kampot, de la jeune touriste française Ophélie Begnis, Olivier Van Den Bogaert a bénéficié d’une libération conditionnelle le 10 avril. Depuis un an, ce belge de 42 ans, expatrié à Kampot crie son innocence tandis que la police cambodgienne n’a, à ce jour, apporté aucune preuve tangible de son implication dans ce meurtre.

En vacances au Cambodge en compagnie de deux amies, Ophélie Begnis, une Lyonnaise de 25 ans, séjournait depuis le 4 février 2013 aux Manguiers, une guesthouse franco-cambodgienne, située à l’écart de la ville. Le 9 février vers 16h30, elle avait quitté la guesthouse, seule, pour une balade à vélo. Le lendemain, son corps dénudé avait  été retrouvé flottant dans l’estuaire de la rivière, à 5 km de l’établissement. La jeune femme portait de graves blessures à la tête et des marques sur l’un de ses poignets. D’autres examens ont révélé plus tard qu’elle avait été violée.

Dans les jours qui ont suivi le meurtre, des représentants de l’ambassade de France avaient examiné le corps de la victime à l’hôpital Calmette. Suite à la plainte déposée par sa famille en France, une équipe de la police scientifique française s’était également rendue à Kampot en mars.

De son côté la  police cambodgienne avait mené plusieurs interrogatoires, notamment dans la communauté d’expatriés. Au nombre des personnes interrogées, le belge Olivier Van Den Bogaert, ancien gérant de la Olly Place, une guesthouse située en bord de rivière qu’il venait tout juste de vendre.
Marié à une Thaïlandaise et père d’une petite fille, il était séparé depuis quelques mois de son épouse retournée vivre en Thaïlande. Interrogé par la police, il avait été, comme d’autres, relaxé et son passeport lui avait restitué.

 

Un dossier vide

Il s’était ensuite rendu en Thaïlande durant quelques semaines avant de revenir fin mars à Kampot. A cette époque, la police cambodgienne reconnaissait n’avoir aucune piste, ni suspect. Le vélo de la victime n’avait pas non plus été retrouvé. «Nous offrirons 1000$ à toute personne qui nous fournira des informations susceptibles de permettre d’identifier l’auteur du meurtre », avait déclaré In Chiva, le directeur adjoint de la police provinciale.

Le 23 avril, soit plus de deux mois et demi après le meurtre, elle arrêtait Olivier Van Den Bogaert alors qu’il buvait une bière à la terrasse de son ancienne guesthouse. Une arrestation qui avait surpris les habitants au premier rang desquels la communauté d’expatriés. In Chiva, le directeur adjoint de la police provinciale avait alors évoqué sans plus de détails trois témoins, deux hommes et une femme, ajoutant que la police avait aussi découvert la bicyclette d’Ophélie Begnis.

Le 29 avril, Olivier Van Den Bogaert était inculpé d’assassinat, de tortures et de viol. Ses avocats avaient alors précisé que son arrestation semblait reposer pour l’essentiel sur des témoignages bien tardifs. Une adolescente disait avoir aperçu, non loin de l’endroit où le corps d’Ophélie avait été découvert, un homme ressemblant à Van Den Bogaert se débarrasser d’un vélo qui pourrait être celui de la victime.
Mais, ajoutaient-ils, la défense avait elle aussi des témoins prêts à déposer. Et leurs dires contredisaient la version policière.

J.B. van Melckebeke, son avocat belge soulignait notamment que Van Den Bogaert qui criait son innocence ne s’était jamais comporté comme un fuyard. Il était même en discussion avec un autre ressortissant belge avec lequel il envisageait d’ouvrir un nouvel établissement à Kampot. L’un de ses frères, expliquait quant à lui qu’il avait un solide alibi le jour du meurtre puisqu’il se trouvait chez lui, alité.

Début juillet, la police scientifique française transmettait le résultat des prélèvements ADN qu’elle avait réalisés. Selon Mok Chito, en charge du département de la police nationale judiciaire, ces analyses ne correspondaient pas à celle du suspect. Quant aux témoins à charge, notamment l’adolescente qui avait déclaré avoir reconnu le Belge, ils sont tous revenus sur leurs déclarations, au fil du temps.

Refusé à deux reprises depuis le début l’affaire, la demande de libération conditionnelle de Olivier Van Den Bogaert a donc finalement été ordonnée par le juge d’appel le 10 avril en raison de l’absence de preuves. Toujours privé de passeport, il ne sera cependant autorisé à quitter le Cambodge que lorsque la clôture de l’enquête sera prononcée. Dans l’attente, il a rejoint sa mère qui s’était installée à Kampot depuis son arrestation. Très éprouvé physiquement et mentalement, Olivier «  n’est plus aujourd’hui que l’ombre de lui-même », explique son frère.

La police cambodgienne dont l’enquête semble, une fois de plus, avoir été bâclée, sera-t-elle un jour en mesure de mettre la main sur le véritable assassin d’Ophélie Begnis ?

 

Krystel Maurice