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Une étude révèle l’urbanisation sans précédent de l’Est et du Sud-Est asiatique

Bangkok. Photo Krystel Maurice

La population urbaine de l’Asie de l’Est et du Sud-Est augmente plus rapidement que l’expansion des villes, un phénomène inédit qui vient bousculer les théories élaborées par le passé, révèle une étude publiée en mars par des chercheurs de l’université du Wisconsin-Madison. Les recherches consacrées à l’évolution simultanée de la population urbaine et des territoires concernés étaient peu nombreuses jusqu’ici. En outre, les données dont on disposait se limitaient à des études partielles, réalisées à l’échelon d’une ville ou d’un pays. Et l’une des rares études transnationales publiée en 2005 concluait que, d’une manière générale, toutes les villes s’étendaient pour répondre aux besoins d’une population grandissante et donc que la densité de population était en diminution. Il existait pourtant des indices laissant supposer qu’il en était autrement pour l’Asie de l’Est mais il n’existait aucun moyen de comparer les tendances entre les différentes villes, entre les pays ou les régions.

C’est ce travail que l’université du Wisconsin- Madison en collaboration avec d’autres universités a réalisé en modélisant pour la première fois des cartes établies à partir de données satellitaires. Les résultats de cette étude éclairent d’un jour nouveau l’urbanisation massive à laquelle la région est actuellement soumise. Ils ne manqueront pas non plus de susciter davantage d’inquiétudes quant à ses effets sur l’environnement et le mode de vie des habitants.
La région étudiée par les chercheurs a porté sur 17 pays: la Chine (dont Hong Kong et Macao), Taiwan, le Japon, la Mongolie, la Corée du nord, la Corée du sud, Brunei, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, la Birmanie, les Philippines, Singapour, la Thaïlande, le Timor et le Vietnam. Toutes les villes de plus de 100 000 habitants ont été prises en compte, soit au total 1036 agglomérations.

 

Densification

Selon les chercheurs, cette région a vu sa population urbaine s’accroître de 31%, soit de 231 millions de personnes entre 2000 et 2010, passant ainsi de 738 millions à 969 millions d’habitants. Or cette hausse est bien plus rapide que celle de l’expansion des territoires de ces agglomérations. Sur la même période, la superficie des villes n’a augmenté que de 22%, totalisant 34 000 km2 supplémentaires, une zone équivalente à la taille de Taiwan.
Plus parlant encore, l’augmentation moyenne de la population urbaine de la région est de 2,8% par an quand celle des zones urbaines est de 2%.

Ces chiffres sont bien entendu des moyennes. Ainsi, selon cette étude, la hausse de la population des villes est bien supérieure à cette moyenne au Laos (+7,8%), au Cambodge(+4,2%), en Malaisie (+4%), et au Vietnam(+4%).
Et seuls quatre pays voient leurs territoires urbains s’agrandir plus rapidement que cette moyenne régionale de 2%: le Laos (+3,2%, le Cambodge (+2,9%), la Chine(+2,5%) et les Philippines (+2,2%).
Mais quelles que soient les disparités, deux tendances générales se dessinent: la densité de population des villes est élevée (5810 personnes au km2 en 2010) et a doublé de 2000 à 2010, passant de 15% à 30%.

Le Japon et la Corée du Sud sont les deux pays dans laquelle la population est la plus urbanisée. Respectivement 80 et 90% de ses habitants vivent dans de nombreuses et vastes agglomérations couvrant 3 à 5 % des territoires de chacun des pays. La densité de population est également à la hausse dans des pays à revenus plus modestes, comme l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande ou encore la Chine.

En Chine, si la densité de population a diminué dans une moitié du pays en raison de la politique menée par le pouvoir ( 5290 personnes par km2 contre 6150 dans 677 agglomérations), ailleurs elle est restée stable ou a augmenté comme dans toutes les grandes villes de région. La mégalopole du delta de la rivière des Perles est aujourd’hui l’agglomération la plus importante de la planète, avec 41 millions d’habitants sur une superficie de 6970km2, devant Tokyo, 31 millions d’habitants répartis sur 5560 km2.

Les pays à bas revenus n’échappent pas au phénomène. C’est le cas du Cambodge, du Vietnam, de la Birmanie et du Laos où 30% de la population vit désormais dans les villes, souligne l’étude. Ainsi, entre 2000 et 2010, Hanoi, Rangoon, Ho Chi Minh ou Vientiane ont accueilli chacune, une moyenne de 1,4 millions d’habitants supplémentaires sur des territoires en expansion limitée. La densité de population y est aujourd’hui de 870 h/ km2.

 

Krystel Maurice