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La souffrance des enfants des briqueteries cambodgiennes

Photo Licadho

Ils ont cinq ans, 11 ans, ou 14 ans et s’échinent dans des briqueteries des heures durant. Cette industrie est l’une de celles qui emploient le plus d’enfants. La Licadho, une association cambodgienne de défense des droits de l’homme, a interviewé cinq de ces enfants à l’occasion de la journée mondiale contre le travail des enfants, ce 12 juin.

Employés dans des briqueties des provinces de Tbong Khmum et de Kandal, ces enfants sont issus de familles pauvres, souvent endettées depuis des années. Déscolarisés, ou en passe de l’être, ils n’ont d’autres choix que de trimer ici pour des salaires de misère.

Agé de 37 ans une mère explique :« J’ai commencé à travailler dans une briqueterie il y a plus de 20 ans. J’ai dû emprunté de l’argent au propriétaire de l’usine pour payer les soins médicaux de mes enfants et les dépenses de chaque jour. J’y suis resté 18 ans. » Quand elle a quitté cette briqueterie pour une autre, elle devait 1200 dollars. Elle n’a eu d’autre choix que d’emprunter la somme au nouveau propriétaire pour rembourser le précédent, qui dit-elle, démultipliait les interêts à sa guise.

Ici, on lui a promis que le prêt ne serait pas revu à la hausse mais elle devra rester dans l’usine durant trois ans. Elle n’a aucun contrat, gagne 12,5 dollars par jour dont 7,5 dollars servent à couvrir les dépenses de la famille. Le propriétaire règle les facture d’électricité, du logement et de l’eau. Mais elle ne s’en plaint pas. Elle apprécie au contraire sa gentillesse : « Quand l’un de nous est malade, ils nous emmène à l’hôpital, même si c’est la nuit. » Ses enfants l’aident après l’école à transporter les briques et à charger les camions. «  Je sais que la loi interdit aux enfants de moins de 18 ans de travailler. Mais j’ai besoin qu’ils m’aident pour aller plus vite et faire assez de briques pour satisfaire les quotas journaliers. »

« Je travaille ici depuis que j’ai 5 ans, explique Oudom aujourd’hui âgé de 11 ans. Le plus dur c’est de se lever à 3h du matin pour extraire l’argile, avant qu’il ne fasse trop chaud ». Ces enfants font tout ce qu’y il a faire dans l’usine. Ils creusent la terre pour en extraire l’argile, transportent les briques dans des charrettes à bras, les séchent au soleil et chargent les camions. Et quand la briqueterie est équipée de machines, ils les alimentent aussi en argile, une opération particulièrement dangereuse.

Un enfant transporte l'argile jusqu'à la machine, une opération particulièrement dangereuse.  Photo Licadho

Un enfant transporte l’argile jusqu’à la machine d’une briqueterie, une opération particulièrement dangereuse. Photo Licadho

Un enfant blessé par une machine. Photo Licadho

Un enfant blessé par une machine. Photo Licadho

Comme la plupart des enfants interviewés, Oudom a quitté l’école très jeune. Mais il dit qu’il aimerait tout de même apprendre à lire et à écrire.
Tous se plaignent des conditions de travail très dures, se sentent piéger, et disent vouloir quitter les usines pour exercer d’autres métiers.

Srey Mom, elle, est toujours scolarisée. Agée de 14 ans, elle travaille déjà depuis trois ans à la fabrique quelques heures par jour. Pour aider sa mère à transporter les briques ou à alimenter la machine. Elle a de bons résultats scolaires et voudrait devenir professeur de littérature. « Mais si m’a mère me demande d’arrêter l’école, je devrais le faire». Non, personne dans son école ne lui jamais parlé de l’interdiction du travail des enfants.

 

Krystel Maurice