En continu

La contestation s’amplifie avec l’appel à la grève de plusieurs syndicats du textile

Kem Sokha, vice-président du Parti du sauvetage national du Cambodge à Kompong Cham le 26 décembre 2013.

La décision du gouvernement, mardi, d’augmenter de 15 dollars seulement les salaires des ouvriers du textile l’an prochain a provoqué une réaction immédiate des syndicats indépendants qui appellent à une grève illimitée du secteur. Hier, des milliers d’ouvriers avaient cessé le travail et nombreux étaient ceux qui avaient rejoint les supporters de l’opposition au parc de la liberté à Phnom Penh.

Avec un salaire minimum de 80 dollars, le plus bas dans le monde après le Bangladesh, ce secteur n’a connu aucune augmentation significative au cours des dernières années. Toutes les études réalisées aboutissent aux mêmes conclusions : le salaire moyen devrait quasiment être doublé pour suivre l’évolution du coût de la vie.

C’est aussi ce que demandent les syndicats qui exigent un salaire de 160 dollars avec effet immédiat.

Après une semaine de rencontre entre représentants du ministère du travail, syndicats et patrons, trois scénarios se dessinaient: soit une augmentation fixe de 16 dollars par an serait accordée jusqu’en 2018, soit l’augmentation sur cinq ans serait modulée en fonction de divers critères économiques comme le taux d’inflation notamment, soit les salaires augmenteraient de 100 % dès 2014.

Le 24 décembre, le gouvernement a tranché. Le salaire passera à 95 dollars en

avril et augmentera progressivement jusqu’en 2018 pour s’établir à 160 dollars. L’échéancier annoncé est le suivant: en 2015, nouvelle hausse de 15 $,  puis 16 $ en 2016 et 17 $ en 2017 et 2018.

Nombreuses usines en grève

La réaction des syndicats ne s’est pas fait attendre. Quelques heures plus tard, dans un communiqué commun, les cinq syndicats indépendants – la Coalition des syndicats démocratiques des travailleurs du textile(CCAWDU), la Fédération nationale indépendante des syndicats du textile du Cambodge (NIFTUC), l’Alliance cambodgienne des syndicats (CATU), l’Union collective du mouvement des travailleurs ( CUMTV) et l’Union des syndicats libres ( FTU) appelaient à une grève nationale illimitée tant que le gouvernement ne reviendrait pas sur sa décision.

Dès hier, de nombreuses usines avaient fermé sans qu’il soit possible de dresser un bilan exact de la situation.  Selon la FTU, 94 usines étaient en grève dans la périphérie de Phnom Penh et dans d’autres provinces, notamment dans la région de Svay Rieng, où quelque 30 000 employés ne se seraient pas présentés à leur travail. A Kompong Cham des employés ont bloqué un pont durant plusieurs heures.

Le Parti  national du sauvetage cambodgien dont les supporters  continuent de manifester quotidiennement à Phnom Penh a immédiatement soutenu le mouvement. Sam Rainsy s’est rendu à Svay Rieng à deux reprises depuis lundi pour y rencontrer les grévistes et il devait se rendre ce matin à Kompong Speu.

Kem Sokha était aux côtés des ouvriers de Kompong Cham hier et aujourd’hui Mu Sochua sera à Kompong Chhnang pour inviter les grévistes à défiler dans Phnom Penh aux cotés de l’opposition. Plusieurs milliers d’entre eux ont d’ailleurs rejoint le Parc de la liberté dès hier. Aujourd’hui, d’autres devraient également se joindre à la marche prévue dans l’après-midi. Décidément la contestation n’est pas prête de s’achever et pourrait bien surprendre encore par son ampleur dans les semaines à venir.

Krystel Maurice