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Fermeture provisoire de la plupart des usines textile, à l’appel du syndicat des patrons

Les employés du textile devant le ministère du travail, 27 décembre 2013

Ce vendredi, des milliers d’employés du textile ont rejoint la manifestation de l’opposition au parc de la Liberté à Phnom Penh. Ils seront sans doute encore plus nombreux dans les jours à venir puisque le Gmac, l’association qui regroupe les patrons du textile, a conseillé hier à ses adhérents de fermer les usines jusqu’à la fin de la semaine, officiellement pour éviter les violences.

Dans  un courriel envoyé aux 457 entreprises du pays, Ken Loo, le président du Gmac, explique que des éléments incontrôlés issus des rangs des manifestants pourraient forcer les portes les usines, commettre des dégradations et contraindre les non- grévistes à se rallier aux manifestations pour réclamer un salaire de 160 dollars.

Mardi, cinq syndicats indépendants ont appelé les employés du textile à une grève nationale, quelques heures seulement après l’annonce du gouvernement fixant le salaire minimum à 95 dollars contre 80 dollars actuellement (dont 5$ pour frais de santé). Cette hausse interviendra en avril 2014.

Mais cinq syndicats indépendants demandent que ce salaire minimum passe dès l’an prochain à 160$, un objectif que le gouvernement dit vouloir atteindre en 2018 par des augmentations annuelles régulières

Plusieurs blessés lors d’affrontements avec les policiers

Ce matin des incidents se sont produits entre policiers et ouvriers du textile dans la zone économique de Kambol, à une vingtaine de kilomètres de Phnom Penh.
Les affrontements se sont produits lorsque la police a tenté de déloger les ouvriers bloquant la nationale N° 4. Les forces de l’ordre ont quant à elles assuré avoir dû intervenir après que des ouvriers s’en sont pris au matériel de leur usine.
Les manifestants ont lancé des pierres et les policiers ont répliqué par des tirs de semonce et des coups de matraque, faisant plusieurs blessés de part et d’autre.

A Phnom Penh quelque 2000 ouvrières ont manifesté plusieurs heures durant devant le ministère du travail où une rencontre avec plusieurs syndicats avait lieu. La rencontre s’est achevée vers 18h sans qu’aucune décision ne soit annoncée. Une nouvelle rencontre devait avoir lieu lundi.

 

Exportations en hausse malgré les grèves

Soutenus par l’opposition qui manifeste quotidiennement dans les rues de Phnom Penh depuis le 15 décembre pour réclamer de nouvelles élections, les quelque 500 000 employés du textile, majoritairement des femmes, sont généralement peu politisés.

Mais depuis quelques années, les conditions de travail dans le secteur se sont dégradées : cadences infernales, faibles salaires, malnutrition, chaleur insoutenable, absence d’aération…autant de facteurs régulièrement pointés du doigt par les organismes de surveillance.

Les grèves sont de plus en plus nombreuses et ont atteint un record niveau record cette année, avec 131 grèves sur les onze premiers mois de l’année, selon Gmac.

Ces mouvements sociaux entament la confiance des acheteurs et nuisent à la réputation du pays, répète inlassablement Ken Loo, à la tête du Gmac. Celui-là même qui, en octobre, appelait ses adhérents à refuser les contrôles du Bureau International du Travail à l’intérieur des usines, plaide une fois de plus en faveur de la bonne santé du secteur, à défaut de celle des employés.
Il affirme aujourd’hui que ces entreprises ne pourront supporter la hausse de 100%  des salaires réclamée par ces syndicats et brandit une fois encore l’épouvantail d’un désastre économique.

Mais les chiffres publiés cette semaine par le ministère cambodgien du commerce démentent ses propos. Ainsi durant les onze premiers mois de 2013, année record de grèves, les exportations ont enregistré une hausse de 22% par rapport à l’an dernier et ont représenté 5,07 milliards de dollars.

Le textile représente quelque 80% des exportations du Cambodge.

De son côté, le gouvernement accuse l’opposition d’inciter les travailleurs à rallier les manifestations. Peut être, mais on peut aussi se demander pourquoi le gouvernement a annoncé sa décision sur les salaires dans un contexte aussi défavorable, au lendemain même d’une manifestation à l’ampleur inégalée.

Le gouvernement n’a visiblement pas anticipé la réaction pourtant bien prévisible des ouvriers du textile. Oui, depuis quelques mois,  la colère a remplacé la peur et la cristallisation des mécontentements est une poudrière.

Krystel Maurice