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Au Cambodge, des milliers de manifestants célèbrent la journée des droits de l’homme

Phnom Penh, parc de la Liberté, 10 décembre 2013. Photo Licadho

C’est dans une atmosphère détendue que des milliers de manifestants ont manifesté aujourd’hui dans les  rues de Phnom Penh et de Siem Reap à l’occasion de la journée mondiale des droits de l’homme. Aucun incident n’a été signalé. Les forces de l’ordre sont restées discrètes et ne sont intervenues à aucun moment.

Sous les acclamations de la foule, plusieurs groupes de moines appartenant au réseau des moines indépendants ont convergé vers l’assemblée nationale en dépit de l’interdiction des autorités de défiler dans la ville. Certains d’entre eux avaient entamé une longue marche depuis Pursat le 1er décembre, rejoints au fil des jours par d’autres moines et des supporters. D’autres arrivaient de Kompong Speu ou d’ailleurs, empruntant différents parcours le long des routes nationales qui traversent le pays.

Phnom Penh, parc de la Liberté, 10 décembre 2013. Photo Licadho

Moines devant l’assemblée nationale cambodgienne, 10 décembre 2013. Photo Licadho

Ils brandissaient des « arbres à pétitions »  sur lesquels les habitants des villages traversés avaient accroché des messages demandant au gouvernement cambodgien de respecter les droits de l’homme et de mettre fin aux abus. A la tête de ce réseau, le vénérable But Buntenh a expliqué qu’en chemin, de nombreuses donations leur avaient été faites « Même le Parti du peuple cambodgien souhaite le respect des droits de l’homme, a t-il déclaré. Il n’y a que le Premier ministre Hun Sen qui n’en veut pas   […] Hun Sen contrôle le pays depuis 30 ans et il n’a rien fait. C’est donc à la population d’agir maintenant ».

Arbre à pétition, Phnom Penh,10 décembre 2013.

Arbre à pétitions, Phnom Penh,10 décembre 2013.

 

Si les forces de police qui barraient l’accès au bâtiment ne sont pas intervenues, les moines n’ont cependant  pas pu délivrer leurs arbres. Parmi la foule rassemblée, le franco- cambodgien Mam Sonando, propriétaire de la radio indépendante Beehive, toujours sous le coup d’une condamnation.

Dans le même temps, plusieurs milliers de personnes s’étaient rendues à Wat Phnom à l’appel du Comité cambodgien pour la défense des droits de l’homme, un collectif d’associations de défense des droits de l’homme. Et c’est en voisin que Sam Rainsy, dont les supporters manifestaient au Parc de liberté, est venu les saluer. Au cours d’une brève prise de parole il a déclaré vouloir suivre « la voie de Mandela » pour plus de justice et de démocratie au Cambodge.

Le Parti du peuple cambodgien a lui aussi célébré cette journée. Quelque 3000 personnes étaient ainsi attendues à Koh Pich où le Premier ministre devait se rendre en fin de matinée pour y prononcer un discours.
En début d’après midi, Sam Rainsy, lui, atterrissait à Siem Reap pour sa deuxième manifestation de la journée. Des milliers de manifestants l’attendaient dans le parc Gyeongju, le long de la route 60. Ils ont ensuite défilé joyeusement à travers la ville.

Sam rainsy à Siem reap, 10 décembre 2013. Photo Licadho via Camnews

Sam rainsy à Siem Reap, 10 décembre 2013. Photo Licadho via Camnews

Tensions autour de l’ambassade américaine à Phnom Penh

A Phnom Penh, peu de temps après la fin de la manifestation du Parti du sauvetage national du Cambodge, quelques centaines de supporters se sont précipités devant l’ambassade des États-Unis. La députée Mu Sochua a tenté sans succès d’intervenir, leur demandant de se disperser. Certains d’entre eux appelaient à camper devant l’ambassade pour la nuit. Ils brandissaient des panneaux exigeant la démission d’Hun Sen et traitant le gouvernement «illégal»de «voleur».

Vers 19 h (heure locale), un petit nombre d’entre eux, mais aussi des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme, se trouvaient toujours sur place. Les autorités ont alors barré l’accès du secteur situé en face de l’ambassade pour empêcher les manifestants d’y passer la nuit. Par mégaphone, les forces anti-émeutes qui venaient de se regrouper à proximité, ont donné l’ordre de lever le camp. La plupart des manifestants ont alors quitté les lieux mais quelques-uns ont refusé. Les autorités les en ont délogés de force, les empoignant sans ménagement par les bras et les pieds. Ils ont été conduits à la pagode de Kien Kleang, dans la commune de Chroy Chanvar.

Un petit groupe de citoyens, qui ne semble pas avoir de lien avec les manifestants, a alors commencé de jeter des pierres et des cocktails molotov sur les forces de l’ordre. Mais à 21h30 la tension était retombée et la police a quitté les lieux.

 

Krystel Maurice