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Des milliers de supporters de l’opposition défilent pacifiquement dans Phnom Penh

Phnom Penh manifestation du CNRP, 23 octobre 2013.

Il est 18h dans le parc de la Liberté à Phnom Penh où l’ambiance est survoltée. Sourires sur les visages, jeunes et vieux se déhanchent sur une musique assourdissante. La première des trois journées de manifestation appelées par l’opposition s’est déroulée sans incident, les forces de sécurité étant restées très en retrait.

Lors d’une conférence de presse dans la matinée Sam Rainsy, le président du Parti du sauvetage national du Cambodge a une fois de plus réclamé une enquête sur les « irrégularités massives» du scrutin des législatives du 28 juillet pour rendre « justice aux Cambodgiens ». Il a appelé le gouvernement à ouvrir le dialogue et demandé à l’ONU de trouver des moyens d’assurer à l’avenir des élections justes et libres. Il a également  réclamé à nouveau la démission des dirigeants de la Commission électorale, préalable à toutes futures négociations sur les reformes électorales à engager.

Plus de deux millions de signatures

En ce 23 octobre, date anniversaire des accords de paix de Paris de 1991 sur le Cambodge, les manifestants comptaient se rendre au siège du Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU pour y remettre une pétition réclamant le respect de ces accords.
Hier soir, Sar Keng, le ministre de l’intérieur avait finalement autorisé ce défilé dans les rues de la capitale, limitant toutefois à 1000 le nombre de participants.

Depuis le début de la matinée, la présence policière était discrète. Peu de policiers autour du parc de la Liberté et dans la ville, les grands boulevards n’étaient pas obstrués de barricades, comme lors des manifestations précédentes.

En début d’après midi, Sam Rainsy et Kem Sokha ont donc rejoint le parc de la Liberté où 30 000 à 50 000 personnes venues de tout le pays les attendaient sous une chaleur écrasante.
La pétition qui sera remise à l’ONU et aux ambassades comporte plus de 2 millions de signatures, dont 400 000 collectées à Phnom Penh, ont-ils déclaré sur scène. Ils ont exhorté la foule à défiler pacifiquement, sans pour autant limiter le nombre de participants.

C’est donc dans une ambiance joyeuse que les supporters  ont  envahi la rue 51 aux cris de « changement, changement». Sam Rainsy et Kem Sokha marchaient en tête du cortège, suivis par des milliers de manifestants brandissant les drapeaux des pays signataires des accords de paix.
De petits groupes de policiers les accompagnaient, veillant au bon déroulement de la marche. Si tout au long du parcours la présence policière était à peine visible, ce n’était plus le cas autour de la résidence du Premier Ministre Hun Sen. Là, plusieurs centaines de policiers avaient pris position, formant un impressionnant rempart de boucliers et de casques tout au long du boulevard.

Parvenus à  proximité du siège du Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, les policiers ont empêché les manifestants d’aller plus avant, ne laissant que les leaders du parti et la presse se rendre devant le bâtiment. Tranquillement, les supporters ont fait demi-tour pour retourner au Parc de la Liberté.

Ce soir, les organisateurs ont demandé aux résidents de Phnom Penh de bien vouloir rentrer chez eux pour permettre aux milliers de supporters venus des provinces de dormir sur place. Rendez-vous est donc pris pour demain. Les manifestants devraient se rendre devant plusieurs  ambassades parmi lesquelles l’ambassade de France, de Grande- Bretagne et des États-Unis pour y déposer une copie de la pétition remise aujourd’hui à l’ONU.

Krystel Maurice