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Armé, un policier en civil est pris à partie par les manifestants

Des centaines de policiers anti-émeute avaient pris position dimanche près du parc de la liberté à Phnom Penh où quelque 200 enseignants manifestaient à l’occasion de la journée mondiale des enseignants.

Les autorités avaient interdit ce rassemblement organisé par l’Association cambodgienne des enseignants indépendants, une association proche de l’opposition présidée par Rong Chhun. Considérant qu’il s’agissait là d’une atteinte à la liberté d’expression, les enseignants sont passés outre et se sont retrouvés dès 8h30 dans le parc de la Liberté. Ils escomptaient se rendre au ministère de l’éducation pour y remettre une pétition demandant la revalorisation de leurs salaires à hauteur de 250 $ mensuels pour en finir avec la corruption qui pénalise familles et enseignants, en particulier dans les écoles primaires.

A l’intérieur du parc, une vingtaine de moines avaient pris place derrière les leaders de l’association qui commençaient de prendre la parole lorsque le service de sécurité a repéré un homme qui prenaient des photos des moines et qui semblait porter une arme sur lui.
La députée d’opposition Mu Sochua qui se trouvait juste à cet endroit s’est alors adressée à lui. « Il se dirigeait vers les moines et était venu avec d’autres gens, explique t-elle. J’étais tout près de lui, j’ai senti qu’il portait quelque chose et j’ai compris que c’était une arme. Il m’a dit qu’il n’en avait pas mais quand je lui ai demandé ce qu’il avait sous sa chemise, il a tenté de fuir».

Une bagarre a éclaté et une femme est parvenue à s’emparer de l’arme, un K-54 de fabrication chinoise, un pistolet dont les forces de police sont équipées. L’homme avait également sur lui une carte de presse au nom de Poeurn Choeurn sur laquelle il était identifié comme reporter pour le compte de « MID PP », un site internet de la municipalité de Phnom Penh, relevant du ministère de l’Information.

La foule en colère s’en est prise à lui et un homme a commencé de le frapper à la tête. Des policiers sont finalement intervenus pour le ramener derrière la rangée de policiers anti-émeute qui se trouvaient à deux pas de là. Légèrement blessé il a été conduit à l’hôpital.

Chuom Narin, chef adjoint de la police de Phnom Pehn a reconnu que l’homme était un policier en civil. «Il était autorisé à porter une arme durant son service», déclare-t-il. Mais Khieu Kanharith, le ministre de l’information assure pour sa part qu’aucun membre de son ministère n’est armé et qu’aucun d’eux n’est chargé d’espionner ce qui se passe dans les manifestations de l’opposition.

« Nous tous enseignants avons honte. Regardez, regardez tous ces policiers déployés ici et dans la ville. Pourquoi ? Pourquoi ? Ont-il peur des enseignants ? », s’est écrié Rong Chhun, le président de l’association, avant de donner l’ordre de dispersion de la manifestation. Il n’était que 10h30.

Krystel Maurice