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Les députés de l’opposition boycottent la rentrée parlementaire et se retrouvent à Siem Reap

Un hélicoptère tourne au dessus de Siem Reap et un groupe de jeunes enjambe leurs VTT, comme pour une randonnée dominicale. Il est 9h du matin et sous un soleil éclatant, ils partent rejoindre les supporters du Parti du sauvetage national du Cambodge déjà rassemblés devant Angkor Wat.

Depuis hier, les leaders et tous les députés de l’opposition séjournent dans la ville des temples où ils resteront jusqu’à mardi, boycottant la séance inaugurale de l’assemblée nationale convoquée pour demain.

A Angkor Wat, lors d’une cérémonie face à la statue de Jayawarman VII,  ils ont juré de rester fidèles à la patrie, de ne pas trahir la volonté du peuple et de combattre la dictature, la corruption, la violence et toutes les formes d’injustice.

Appel au roi

Depuis plusieurs jours, l’opposition demande au roi Norodom Sihamoni de différer la séance inaugurale de l’assemblée nationale qui devrait se tenir demain afin de laisser aux deux camps le temps de trouver une solution d’entente.
Vendredi, elle avait adressé une lettre au roi allant dans ce sens et hier, elle a fait remettre au Palais royal des milliers de pétitions soutenant cette demande.

A l’appui de son argumentation, sa propre lecture de la constitution que Sam Rainsy a exposé vendredi, lors d’une conférence de presse.
« Selon l’article 82 de la constitution, la séance d’ouverture de  l’assemblée nationale doit  se tenir 60 jours après les élections », a-t-il rappelé.
« Si cet article précisait “ 60 jours après le jour des élections “, au lieu de ce qui figure dans le texte, explique-t-il,  alors l’assemblée devrait se réunir lundi ».
Mais si l’on considère que la Commission électorale a publié les résultats officiels le 8 septembre, le roi devrait convoquer l’assemblée nationale, au plus tard le 7 novembre, a-t-il poursuivi.
« Si on lit correctement la constitution, nous avons plus d’un mois pour discuter avec le Parti du peuple cambodgien et trouver les moyens de parvenir  à la vérité sur le véritable vainqueur des élections »

Vendredi soir, le prince Thomico Sisowath a été, selon son expression « expulsé par la force » de Wat Phnom où il avait entamé une grève de la faim le matin même pour réclamer « justice pour le peuple ».
Cousin du roi Norodom Sihamoni et membre de l’opposition, le prince a expliqué que 400 policiers en tenue antiémeute l’avaient forcé à mettre un terme à sa grève de la faim sans toutefois faire preuve de violence à son égard.« Il y avait environ 20 personnes et huit moines avec moi (…) mais les autorités avaient peur que la grève de la faim ne prenne de l’ampleur », a-t-il déclaré.

A plusieurs reprises depuis jeudi, des groupes de moines ont tenté en vain d’atteindre le palais royal pour remettre un message au roi, lui demandant également de différer la séance de l’assemblée. A chaque fois, ils ont aussitôt été bloqués par les forces de l’ordre qui avaient érigé des barricades autour du palais.
Mais dimanche matin, quatre de leurs délégués ont enfin été reçus au palais. Cette entrevue est-elle de bon augure ?  On le saura dans quelques heures.

Le livre blanc du gouvernement

Il reste que, de son côté, le gouvernement persiste et signe. Dans un livre blanc au ton très mordant, publié vendredi par l’Unité de presse et de réaction rapide du  conseil des ministres, il affirme que « le processus électoral a été transparent, juste et libre ».  « Le Parti  du sauvetage national du Cambodge s’agite et le Parti du peuple cambodgien est calme. Ils disent que nous avons volé leurs votes, c’est stupide, car nous sommes passés de 90 sièges à 68 sièges. Si nous avions volé les votes, nous aurions 92 à 93 députés ».

Le Parti du sauvetage national du Cambodge y est accusé de « manœuvres et de tromperies » et entre autres d’avoir « incité au racisme et à la xénophobie »  et d’avoir « discrédité les procédures d’inscription électorale »

Sam Rainsy et Kem Sokha y sont dépeints comme des leaders « désespérés et sans espoir » qui cherchent à déstabiliser le pays. « Sam Rainsy savait que 2013 serait pour lui la dernière chance de réaliser son rêve de devenir Premier ministre. Après cet échec, l’élan généré par l’unité de leurs deux partis ne survivra pas aux cinq années à venir. Ce nouveau parti [Le Parti national de la sauvegarde du Cambodge] se divisera en raison de leurs divergences politiques et/ou économiques qui iront grandissantes dans le futur ».

 

Dernières minutes…..

Vers 23h dimanche soir,  les  forces de police ont  dispersé très violemment un groupe de résidentes de Boeng Kak qui entamaient une grève de la faim à Wat Phnom et ont attaqué les journalistes de la presse étrangère qui se trouvaient sur place.
Équipés de tasers, de frondes et de bâtons, ils étaient accompagnés de plusieurs douzaines d’hommes en civil, munis de bâtons qui semblent être des milices.Le visage dissimulé sous des masques chirurgicaux, ces civils ont pourchassé les journalistes et battu les femmes qui se trouvaient dans le parc.
Plusieurs blessés sont signalés parmi lesquels trois journalistes étrangers qui ont reçu des décharges électriques. La caméra d’un journaliste cambodgien a été brisée.

 

Krystel Maurice